‹ PoésiesChapitre 32 sur 74 · TAILLADE · texte numérisé non relu

TAILLADE

Le geslc est saccadé, l'œil fatal, la voix brève, La douleur ironique et le rire nerveux; Et c'est comme un frisson quand le souftïe du rêve, Sans de'rider son front, passe dans ses cheveux.

Inflexible héros de U)uL drame farouche, C'est le prince maudit, l'amant désespéré : L'àme du vieux Shakespeare a passé par sa bouche Où le vers de Racine expire déchiré.

Plein de l'àpre souci de la sibylle antique, C'est l'attente du Dieu qui règle ses fureurs; Et, faite d'imprévu, sa verve romantique. Sait d'un rôle effrayant varier les terreurs.

C'est un clieiL-iiL'ur vaillaiil que torture sans Irève Le mal divin du JJeau, qui, le long du chemin. Sans cesse fouetté par l'aile d'or du Rêve, Erre, les yeux perdus et le front dans la main.

Au lit l'roid de Rouvière, un jour la mort vous cloue, Et l'oubli sur vos noms passe connue la mer ; Mais la Muse vous aime et vous pleure et vous loue, Eiers artistes épris d'un idéal amer!

Ir8 J.A VIE.

ROUVIERE

Sur Toreiller sanglant, Otliello ])leuic encore; Auprès du fossoyeur IlaMilet va revenir : — Enfouis mieux la bière, ami, le temps dévore Fais la tombe ])lus large à notre souvenir!

A ce pauvre cercueil n'épargne pts la terre; Sois moins avare au mort que la foule au vivant. Sais-tu bien que jadis il passait, triomphant. Ce grand artiste épris de l'idéal austère !

Place au soldat vaincu! C'est un désespéré

Qui luttait le front haut et qui meurt ignoré!...

Dis-nous, ombre d'IIamlet sous les saules errante,

0 loi qu'il ranimait de son souflle indonqjté, Quel mot fatal t'a dit cette bouche expirante, Ouand sa mort étonua ton iuunorlalité?

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