MATUTINA
Le bleu du ciel pâlit. Comme uu cy^^ue émergeant Dun grand fleuve d'azur, l'Aube, parmi la brume, Secoue îi l'iiorizou les blanclieurs de sa plume Et flagelle l'au' vif de son aile d'argent.
Un long tressaillement autour d'elle s'éveille, Et, par flots onduleux jusqu'au zéuitb monté. Dans l'azur transparent déroule la merveille Tes formes qu'envaliit sa vibrante clarté.
La grande mer des bruits dans l'almosplière élève
Les retentissements de son flux solennel
Et bat, sans l'ébranler, comme un roc éternel,
Le lourd sommeil des luorts endormis dans leur rêve.
200 LA YIE.
Mais, ])ai'(Ml aux rosoaiix qu'aiteiiii le flol monlani, Le peuple des vivants s'ébranle dans l'espace. Et, couché sons le poids de la vague qui passe, Vers des buts inconnus se disperse, flottant.
Cependant qu'aux frissons des brises échappée, La Terre s'alanguit aux tiédeurs du réveil. De longs éclairs, pareils à des lueurs d'épée, Creusent, à l'orient, leur sillage vermeil.
Alors rOiscau divin, le Cviine, l'Aube blanche. Sentant dans l'air en feu son âme se sécher, Comme le vieux Phénix sur la flamme se penche Et meurt dans le Soleil comme sur un bûcher !
De l'horizon perdu dans les frissons de l'air, • Gomme nn fleuve lacté, la lumière s'épauclie Sur les coteaux légers que baigne son flot clair :
— L'Aube sur les coteaux traîne sa robe blanche.
Les grands arbres, sentant les oiseaux éveillés, Chuchotteni dans la brise crranle oii s'évapore LTime des derniers lis par la nuit effeuillés :
— L'Aube sur la foret pose son pied sonore.
Sur l'herbe drue oii court l'insecte familier Une gaze de longs fils d'argent s'est posée, Et la bruyère aiguë est pleine de rosée :
— L'Aube sur les gazons égrène son collier.
— Dans le ruisseau que l'Aube effleure de ses voiles, Se refléchit déjà le doux spectre des fleurs, Et, sous l'onde on Iremblail l'œil furtif des étoiles, S'ouvre l'œil alangni des pervenclies en pleurs.