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LES BROUSSAILLES

C'est rame des aïeux que vers l'aznr clément Les grands arbres des l)ois élèvent lentement, Debout dans leur vieillesse héroïque et siqjerbe ; Nos morts, nosjeunes morts, à nous, dorment sous l'herbe.

Qnelque broussaille, à peine, aux feuillages penchés, Jette un rameau vivant sur les premiers couchés Et rend à nos regards, à l'air sacré qui passe, Aux rayons du soleil, aux ailes de l'espace

Un peu de ce qui fut autrefois notre cœur ! Et la ronce, pareille au souvenir vainqueur Qui ploie à ses liens toute peine qui dure, Cloue à leurs vains tombeaux cette pfde verdure.

Sons celte épine, aussi, ce qui reste de nous Se penche et se déchire et hrise nos genoux Et courbe notre front, que le deuil rend austère, Jusqu'aux enibrassements suprêmes de la Terre.

Et la Terre, sentant ce filial baiser Que sur son sein maudit tout homme vient poser, S'émeut et prend pitié de nos destins moroses Et, parmi ces buissons, laisse croître des roses

Où se respire encor l'âme des bien-aimés.

Dans le recueillement des longs soirs parfumés,

A l'heure où, scintillant comme un pleur sous des voiles,

La tristesse des nuits monte aux yeux des étoiles.

Errant sous le dôme emperlé Des verdures ensommeillées, Parfois, au sortir des feuillées.

L'œil clair des sources m'a troublé.

— L'eau regarde : — el l'aurore éveille, Dans ce regard lent et discret, Comme l'étonnement secret D'un jeune esprit qui s'émerveille.

Comme en un rcve de candeur, L'eau regarde, et l'étrange flamme Des choses qui viennent d'une à nie Illumine sa profondeur.

L'œil des sources est plein de larmes Et plein de reproches perdus ; Et des remords inattendus S'y reflètent comme des armes

Le long d'un bouclier d'argeni La \'ie est là qui, solennelle, Attend et darde sa prunelle Fixe sur le monde changeant !

— La Vie aux éléments rendue Par les héritiers du limon, Foule sans yeux, foule sans nom.

Sous réternitc descendue.

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