SUR MATHIEU D K MONTREUIL
L'esprit est le côté partiel de l'homme; le cœur est tout.
RiVAROL.
yM^îyJ^t commerce des femmes est, dit-on, la meilleure école de la politesse et des belles manières. Les quelques écrivains qui se sont façonnés dans ce milieu délicat et charmant en ont conservé, pour la plupart , un charme expressif, (|iii semble avoir en même temps poli, arrondi et amenuisé leur st^^le, tout en donnant à leur langage une forme plus relevée, un sens plus subtil, une tournure plus exquise, des grâces plus vives et plus soudaines.
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Nous trouvons à intervalles assez rapprochés, dans notre histoire littéraire, des exemples à l'appui, le plus souvent chez certains tempéraments de poètes doués d'une pléthore amoureuse, — d'une sorte d'inquiétude d'amour, — dont ils paraissent étouffer. Sensuels, voluptueux , coquets à l'extrême, ces mourants raffinés ne chantent que pour leurs maîtresses; ils se pâment à l'envi aux pieds de leurs divines, de leurs cruelles ou adorables amantes, et l'on perçoit que dans cette sensibilité agissante, assez constants pour ne pas être fidèles, toutes les femmes peuvent acquérirdu crédit sur leur cœur. La galanterie, qui est fille du désir de plaire, épand dans leurs œuvres mignardes une tendresse, une ardeur, une passion languissante et rhythmique qui captivent et bercent mollement le lecteur : aussi peut-on dire qu'ils sont les plus gracieux modèles de notre poésie française, — dans le sens littéral du mot, — lorsqu'i s ne tombent pas dans l'affectation en courant après l'esprit, ou dans l'afféterie en recherchant les subtilités et les finesses.
Mathieu de Montreuil fut, au XVII<= siècle, le parangon de ces aimables Soupirants d'office , de ces Galants fieffés, comme on disait alors; ses petites poésies légères et émues ne sont tissées que des bagatelles du cœur. On y trouve quelquefois du fade, de l'extravagant et du faux brillant; mais il y meurt si uniquement , il s'y laisse voir sous des dehors si sédui-
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sants; ses airs, ses façons, ses pensées et ses pointes ont une allure si tendre et si personnelle ; il sait si bien mitonner les plaisirs dans ses moindres badinages, et si cloqucmment luxurioscr sa flamme, qu'on ne saurait lui opposer un rival dans cet art inné du madrigal, dont nous nous plaisons à le désigner comme maître.
Les Montreuil sont assez nombreux au XVII'' siècle : labbé d'Artigny, dans ses Nouveaux Menioires ', se plait à leur consacrer un petit chapitre diffus, duquel, grâce à d'autres documents, nous croyons pouvoir tirer cette courte généalogie :
Jean de Montreuil, avocat en Parlement, fils de Germain de Montreuil, publia en 1606 une pièce poétique de près de trois cents vers : Le Tonibeau de Messire Philippe Desportes, abbé de Thiron, qui figure dans toutes les éditions posthumes du poète de Diane. On a de lui également un Playdoyc pour l'archevêque et le chapitre de Rouen dans la cause de la Fierté de Saint-Komain en 1607, et une Oraison funèbre de M. le cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen, in-4", 1616 -.
1. Nouveaux Mémoires d'histoire Critique et de lilttraturs. Paris, 1752, in-i2, t. V, p. 228.
2. Le Père Lelong, qui fait mention de ces ouvrages, les attribue à Vacadémicieii, ce qui est une erreur évidente. Ce Montreuil, avocat en Parlement, est celui-là même, pensons-nous, qui signa certains vers latins : Johannes Montereullus in Senatu, Paris. Patronus, dans le Scxvolx Sammartliani Tumulus, et qui
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Ce Jean de Montreuil laissait deux fils. L'aîné, S. de Montreuil, docteur et professeur en Sorbonne, fut gouverneur du prince de Joinville, petit-neveu du cardinal de Joyeuse, et l'un des approbateurs de la Somme ihéologique du Père Garasse ' ; le second, Bernardin de Montreuil, avocat en Parlement, donna en 1618, in-S", une traduction de ['Histoire grecque de Nicéphore, patriarche de Constantinople, et une Vie de Jésus-Christ , publiée en lôSj, dont le Père Brignon a retouché le style.
Bernardin, qui mourut, croyons-nous, en 1646, eut quatre fils et une fille, par la suite Ursuline. De ces quatre fils, l'aîné et le puîné ont seuls acquis une assez grande notoriété pour que nous nous en occupions. L'un fut Jean de Montreuil , tour à tour secrétaire de M. de Bellièvre, du marquis de Fontenay-Mareuil et du prince de Conti; résident en Ecosse vers 1645, et académicien en 1649 2; l'autre est notre poëte, Mathieu de Montreuil, dont nous allons parler.
donna en 1624 : J. Montereulli Ekgia in obiiuni Nicolai Brullarii Francis Cancellarii. V. Bibl. Baluz..., p. 406.
1. Un autre de Montreuil (qui écrivait son nom Monstroeil), médecin de Bourges et professeur au Collège royal, à Paris, mort en 1647, possède un article dans le Mémoire historique et littéraire du Collège de France, par Goujet. Son oraison funèbre a été faite en latin par Ch. le Breton. Paris, 1647, in-8° de 3 2 pages. Nous ne saurions désigner la parenté de cet homonyme.
2, La biographie de Jean de Montreuil se trouve dans l'Histoire de l'Académie, par Pélisson. C'est à tort que Baillet lu