SUR LES FEMMES
La Nature au front des taureaux
Donna la corne meurtrière;
Un ongle plus dur que la pierre
Au pied des rapides chevaux;
Au lièvre une jambe célère;
Au ramier un vol cadencé;
Au lion, avec le courage,
Un gouffre de dents hérissé;
A l'homme, son plus noble ouvrage.
L'intelligence et la fierté.
Que réservait-elle à la femme?
Un don plus brillant que la flamme
Et, plus que le fer, redouté :
Pour vaincre et régner, la Nature
A sa plus frêle créature
Donna pour arme la beauté.
l'amour m ou ii.m'.
Au milieu de la nuit, à l'heure où déjà I'(
la main du Bouvier tourne et décrit sa course,
A l'heure où les mortels dans le sommeil plongés, Des lourds travaux du jour par les Dieux allégés, Goûtent les songes d'or que la nuit leur apporte, Tout à coup survenant, Ëros heurte à ma porte. « Qui frappe ainsi, criai-je, et trouble mon repos? — Ouvre-moi, ne crains rien, ouvre, répond Ëros, Car je suis un enfant. Par cette nuit obscure, Sous la bise et la pluie errant à l'aventure, J'ai perdu mon chemin. Ouvre-moi, fais accueil A celui que les Dieux ont guidé vers ton seuil. » Il se tait ; la pitié parle au fond de mon âme ; De mon foyer mourant je ravive la flamme, Et, ma lampe allumée, aussitôt j'ouvre et vois Un blond enfant ayant aux épaules deux ailes; Ses beaux yeux bleus sont pleins d'étranges étincelles ; Un arc est dans sa main, sur son dos un carquois. Je l'assieds près du feu, je réchauffe ses doigts Dans les miens; ses cheveux tout ruisselants de pluie, Doucement je les presse et ma main les essuie. Pour lui, dès que le froid l'eut quitté, se levant: Voyons donc si mon arc par la pluie et le vent Ne s'est point détendu. La corde en est humide, Dit Ëros. Essayons... » Et la flèche rapide Part et me frappe au cœur, et je me sens mourir. Alors sautant de joie et riant, le perfide S'écrie : « Allons, mon hôte, il faut nous réjouir; Mon arc n'a point de mal, mais ton cceur va souffrir. »
8o LES ÉPAVES
SUR LUI- M 1. M E
Sur l'herbe de lotos semée.
Sur les myrtes naissants je veux boire couché.
Dans l'or dont ma coupe est formée Que l'Amour échanson, à ma droite penché, Et son manteau de pourpre ;ï l'épaule attaché,
Me verse une liqueur aimée!
Je veux boire couché, Bacchns ! ton Irais nectar.
L'heure est courte, l'homme éphémère; La vie est prompte et fuit rapide comme un char.
De nos os dissous dans la terre 11 ne reste après nous qu'une aride poussière. Sur le sol à quoi bon répandre les senteurs r Pourquoi faire aux tombeaux des libations vaines? Puisque la vie encor brûle et court en mes veines, Couvrez-moi de parfums, couronnez-moi de fleurs,
Appelez la blanche hétaïre!
Des roses à mon front et sou ts la Ivre,
Je veux à mes riants accords Tromper l'heure, bannir toute noire pensée,
Avant d'aller, ombre glacée, Me mêler, à mon tour, au chœur lé^er des morts.