‹ Poésies (volume 2)Chapitre 11 sur 91 · SUR LES FEMMES · texte numérisé non relu

SUR LES FEMMES

La Nature au front des taureaux

Donna la corne meurtrière;

Un ongle plus dur que la pierre

Au pied des rapides chevaux;

Au lièvre une jambe célère;

Au ramier un vol cadencé;

Au lion, avec le courage,

Un gouffre de dents hérissé;

A l'homme, son plus noble ouvrage.

L'intelligence et la fierté.

Que réservait-elle à la femme?

Un don plus brillant que la flamme

Et, plus que le fer, redouté :

Pour vaincre et régner, la Nature

A sa plus frêle créature

Donna pour arme la beauté.

l'amour m ou ii.m'.

Au milieu de la nuit, à l'heure où déjà I'(

la main du Bouvier tourne et décrit sa course,

A l'heure où les mortels dans le sommeil plongés, Des lourds travaux du jour par les Dieux allégés, Goûtent les songes d'or que la nuit leur apporte, Tout à coup survenant, Ëros heurte à ma porte. « Qui frappe ainsi, criai-je, et trouble mon repos? — Ouvre-moi, ne crains rien, ouvre, répond Ëros, Car je suis un enfant. Par cette nuit obscure, Sous la bise et la pluie errant à l'aventure, J'ai perdu mon chemin. Ouvre-moi, fais accueil A celui que les Dieux ont guidé vers ton seuil. » Il se tait ; la pitié parle au fond de mon âme ; De mon foyer mourant je ravive la flamme, Et, ma lampe allumée, aussitôt j'ouvre et vois Un blond enfant ayant aux épaules deux ailes; Ses beaux yeux bleus sont pleins d'étranges étincelles ; Un arc est dans sa main, sur son dos un carquois. Je l'assieds près du feu, je réchauffe ses doigts Dans les miens; ses cheveux tout ruisselants de pluie, Doucement je les presse et ma main les essuie. Pour lui, dès que le froid l'eut quitté, se levant: Voyons donc si mon arc par la pluie et le vent Ne s'est point détendu. La corde en est humide, Dit Ëros. Essayons... » Et la flèche rapide Part et me frappe au cœur, et je me sens mourir. Alors sautant de joie et riant, le perfide S'écrie : « Allons, mon hôte, il faut nous réjouir; Mon arc n'a point de mal, mais ton cceur va souffrir. »

8o LES ÉPAVES

SUR LUI- M 1. M E

Sur l'herbe de lotos semée.

Sur les myrtes naissants je veux boire couché.

Dans l'or dont ma coupe est formée Que l'Amour échanson, à ma droite penché, Et son manteau de pourpre ;ï l'épaule attaché,

Me verse une liqueur aimée!

Je veux boire couché, Bacchns ! ton Irais nectar.

L'heure est courte, l'homme éphémère; La vie est prompte et fuit rapide comme un char.

De nos os dissous dans la terre 11 ne reste après nous qu'une aride poussière. Sur le sol à quoi bon répandre les senteurs r Pourquoi faire aux tombeaux des libations vaines? Puisque la vie encor brûle et court en mes veines, Couvrez-moi de parfums, couronnez-moi de fleurs,

Appelez la blanche hétaïre!

Des roses à mon front et sou ts la Ivre,

Je veux à mes riants accords Tromper l'heure, bannir toute noire pensée,

Avant d'aller, ombre glacée, Me mêler, à mon tour, au chœur lé^er des morts.

Page 1