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LES 'BOIS T>ÉT%UITS

A LA MÉMOIRE DE MON AMI LOUIS FÉRY d'eSCLANDS, DE l'Île bourdon

J'ai vu des nobles fils de nos forêts superbes Les grands troncs abattus dispersés dans les herbes, Et de l'homme en ces lieux j'ai reconnu les pas. Renversant de ses mains l'œuvre des mains divines, Partout sur son passage il sème et les ruines Et l'incendie et le trépas.

Que de jours ont passé sur ces monts, que d'années Pour voiler de fraîcheur leurs cimes couronnées D'arbres aux troncs d'airain, aux feuillages mouvants! S'il faut, hélas ! au temps des siècles pour produire, A l'homme un jour suffit pour abattre et détruire L'œuvre séculaire des ans.

Sur ces sommets boisés qu'un souffle tiède embaume, Ma muse, blonde enfant qui naquit sous le chaume, Vers des cieux bleus et clairs essaya son essor ; Et butinant leur miel aux fleurs de Salazie, Elle errait et cueillait sa fraîche poésie, Légère abeille aux ailes d'or.

Peut-être avant le jour où ma tête blanchie Penchera vers le sol, pesante et réfléchie. Revenant à ces lieux demander leurs abris, Je reverrai des monts sans verdure et sans ombres, Et, pleurant en secret nos solitudes sombres. Je gémirai sur leurs débris.

Je veux fermer mon cœur aux douloureux présages... O gigantesques monts où dorment les nuages. De vos arbres sur nous balancez les arceaux! Défendant vos beaux flancs des haches meurtrières, due notre main conserve à vos têtes altières Leurs chevelures de rameaux !

Et vous, doux habitants de ces lieux solitaires, Hommes simples et purs, aux mœurs hospitalières, Respectez-les, ces bois qu'ont respectés les ans! Laissez sous leur verdure et leurs ombres profondes Errer les couples blancs, jouer les têtes blondes Des colombes et des enfants.

POÈMES ET PAYSAGES 6j

Joignez à l'arbre fier de sa haute stature L'humble arbuste où l'oiseau trouve sa nourriture; Aux marges du torrent qui bouillonne argenté, Laissez rougir la fraise et la framboise éclore; Que la pêche y suspende au soleil et colore Son fruit au duvet velouté.

Q.ue la brise, agitant vos touffes de jam-roscs, Épanche autour de vous la douce odeur des roses; Que leur dôme embaumé s'incline sur les eaux; Sous leur voûte cachez vos maisonnettes blanches, Comme on voit, suspendus dans l'épaisseur des branches, Les nids ombrac;és des oiseaux.

Restez sourds aux conseils d'une avide opulence; De sagesse et d'amour vivez dans le silence. Le trésor le plus pur vient de la paix des coeurs. Mais chassez l'étranger de vos bois centenaires. Car il profanerait de ses mains mercenaires Vos forêts vierçres et vos mœurs !

Qu'ont-ils fait de nos bois, qu'ont-ils fait de nos terres. Ces défricheurs venus des plages étrangères.

Par un vent de malheur sur nos grèves jetés? Ne voulant voir en eux que des déshérités, Notre île hospitalière accueillit leur détresse En mère, et sur leurs deuils mesura sa tendresse. Abritant leurs fronts las, de son ciel tiède et pur Elle étendit sur eux la coupole d'azur; Sous leurs pieds écartant les épines jalouses. Elle ouvrit le velours de ses molles pelouses. Fit chanter, pour bercer leurs souvenirs amers, Les oiseaux de ses bois et les flots de ses mers. Et leur prouva par l'acte et non par la parole La chaude loyauté de l'amitié créole.

Mais tes fils adoptifs ont trahi tes bontés. Ils ont porté la mort dans tes champs dévastés. Le froid amour de l'or éteignant dans leurs âmes Le foyer virginal et noble aux belles flammes, Ils ont privé ton ciel de ses peuples d'oiseaux, Tes plaines de leurs fleurs, tes nymphes de leurs eaux ; Et, sapant tes forêts, ô ma mère ! leur glaive Fit tomber de ton front ta chevelure d'Eve. Et nous avons permis que leurs bras éhontés Missent à nu les flancs qui nous ont enfantés! Et sous nos yeux ils ont, de leurs mains libertines. Profané les secrets de tes formes divines ! Et nous l'avons souffert! et nos justes fureurs N'ont pas honni, chassé ces durs dévastateurs Que la vague en courroux, rebuts d'un autre monde. Déposa sur nos bords comme une lie immonde!

O misère! ô douleur! Ce n'est pas tout encor, Car ils nous ont légué leur appétit pour l'or : A leur souffle glacé notre ame s'est flétrie ; Nous n'avons plus au cœur l'amour de la patrie ! De la terre natale où dorment nos aïeux Nous éloignons nos pas, nous détournons les j'eux; Nous n'aspirons qu'à l'heure où gorgés de richesses, Fuyant ces lieux, berceaux de nos pures jeunesses, Nous pourrons dans le sein des lointaines cités Étaler au grand jour nos sottes vanités! Et pour voler au but où notre espoir s'attache. Nous portons en tous lieux et la flamme et la hache ; Et l'on ne voit partout que des champs dépouillés, Que d'arides plateaux aux rocs noirs et pelés, Qu'une herbe rare et jaune et des arbustes fauves Sur les flancs décharnés de nos montagnes chauves; Et, courbés vers le sol, chaque jour dans son sein Nous fouillons de la pioche et du pic assassin. De nos champs épuisés, sans remords et sans trêve, Notre lèvre acharnée a bu toute la sève ; Et, desséchant ce sein qui nous a tous nourris, Quand il n'est plus de lait dans ses vaisseaux taris. Tout gonflés et repus du sang de notre mère. Nous faisons voile, hélas I vers la rive étrangère, Et npus allons aux yeux des superbes cités Etaler au grand jour nos sottes vanités!

O mère malheureuse! ô mère délaissée!

Oui, garde sur tes j'eux ta paupière baissée.

Je comprends ta tristesse et comprends tes douleurs,

Et mêle à tes regrets mes regrets et mes pleurs.

Plus de verte savane et d'ombreuses collines.

Où s'ouvrait la grenade aux perles purpurines;

Plus de hauts cocotiers et de beaux orangers

S'affaissant sous le poids de leurs rameaux chargés;

Et tu ne verses plus sur la mer langoureuse

Qui vient baiser tes pieds de sa vague amoureuse,

Les souffles parfumés et les fraîches senteurs

De tes arbres si beaux que les oiseaux pécheurs,

Fuyant des flots émus les rumeurs éternelles,

Venaient s'y reposer pour embaumer leurs ailes!

Mais tout n'est pas perdu, mère, console-toi 1

Il te reste des fils qui t'ont gardé leur foi,

Q.ui, n'empruntant jamais leur vol aux hirondelles,

Quand tout te trahirait te resteraient fidèles.

Et. qui, pour te servir jusqu'à leur dernier jour,

A défaut du génie auront du moins l'amour!

Et près d'eux j'en sais un qui, sevré de tendresses.

Du sort n'a point connu les prodigues caresses;

Mais qui, fils de tes flancs, fidèle humilié.

Se consolant en toi de lutter oublié,

Se souviendra toujours que ses lèvres jumelles Ont sucé l'existence à tes brunes mamelles.

Il ira, cet enfant dont le front révolté Porte un natal reflet de ta màle âpreté, Il ira sur tes monts où siègent les nuages, Bleus palais éthérés de l'esprit des orages ; Et là, seul avec toi, si d;tns l'ombre des nuits Il exhale en secret l'hymne de ses ennuis, Mère, à sa voix pardonne un accent de colère : Cette voix dut flétrir ta honte séculaire*. S'il naquit pour chanter les bois, les eaux, les fleurs. Le sort ne lui fut pas avare de douleurs; Enfant né pour le jour, persécuté par l'ombre, Il sait ce que la vie a de dégoûts sans nombre ; Aussi, triste, mais calme et bravant tout écueil, Il va seul à son but dans son tranquille orgueil. Sur les sommets altiers, sur la montagne austère, Il marche loin des pas des heureux de la terre; Leurs injustes dédains à son ame ont appris A payer leurs dédains d'un trop juste mépris; Mais de ce cœur blessé l'indulgence hautaine N'est jamais descendue au niveau de la haine ; Vers des dieux plus cléments il aspira toujours. Et toujours la nature eut ses hautes amours. Les torrents écumeux, la foudre et ses ravages Ont façonné son âme à leurs concerts sauvages;

* L'esclavage.

Mais son verbe attendri, pour célébrer tes bords,

O mon île! oubliera les farouches accords.

Pour chanter sur les monts ta verte Salazie

Sa lèvre épanchera le miel de poésie;

Et le jour où, donnant dans un dernier adieu

Sa dépouille à la tombe et son esprit à Dieu,

Il se reposera d'une existence amère,

Tu verseras peut-être une larme, ô ma mère !

^ UISL TlETE'lsiU TOLITIQUE

SOUVENT, pour allcger ta lourde et morne veille, Sous tes doigts inspirés la lyre qui s'éveille,

Mêle d'ineffables accords Aux mille accords errants qu'exhale la nature. Aux soupirs de la nuit, au triste et long murmure

De l'onde expirant sur ses bords.

Car Celui qui dispense une eau féconde et pure A l'humble fleur des champs qui germa sans culture,

Comme au lys qu'arrosent nos mains, Éclaira ton esprit à sa flamme secrète. Et sur ta lèvre a mis les accents du poète

Pour consoler tes lendemains.

Quand l'astre de la nuit, entr'ouvrant sa paupière, Verse d'un jour plus doux la rêveuse lumière Sur le sein endormi des eaux.

Alcyon sur les flots d'une amère existence, Tu gémis, et ta voix, qu'écoute le silence, A ses soupirs endort tes maux.

Si le vent de la mer qui balance la feuille, Si le souffle indolent de la brise qui cueille

Des baisers sur le sein des fleurs, D'un murmure apaisant vient bercer ton oreille. Oui I demande à ton luth que d'une voix pareille

Il chante pour sécher tes pleurs.

O toi qu'un sort fatal .abreuva d'amertume,

Tu fais bien, trompe ainsi l'ennui qui te consume.

La Muse a pour le malheureux Des paroles de paix, des secrets pleins de charmes; Elle pleure, s'il pleure, et pour verser des larmes

Combien il est doux d'être deux!

Chante pour oublier ton affligeante histoire. Pour que le souvenir qui pèse à ta mémoire

En soit à jamais effacé; Comme ces monts altiers, ces géants de notre île, dui montrent dans l'azur un front m.ale et tranquille.

Alors que l'orage a passé.

Fuis le navrant aspect des misères mortelles. Ami, prends ton essor de ces plages cruelles Où gémit l'esclave opprimé.

Vers la sphère sereine où de la poésie La Muse versera la secrète ambroisie

Dans ton cœur plein d'un rêve aimé.

Sur un mode plaintif, dans une anicre ivresse, Exhale vers le ciel l'hymne de ta détresse

Avec tant d'àme et de douceurs, Que le cœur le plus dur s'attendrisse à tes peines, Que le geôlier, veillant l'œil fixé sur tes chaînes,

T'écoute... et répande des pleurs.

Un.E VOIX LOI'MT^I'yiE

A LA MÉMOIRE DU POÈTE ANGLAIS W. FALCONER, NÉ EN ECOSSE, MORT A l'ÎLE BOURBON

'ne voix a passé dans ma nuit d'insomnie... Des brumeuses forets de la Calédonie Pour me rejoindre elle a traversé l'Océan, Et la Ligne torride et le Cap atlantique : Cette voix, c'est la tienne, ô barde au cœur antique. Fils de BjTon et d'Ossian.

Tu viens, me rappelant nos communes cro^-anccs, Gourmander mes langueurs aux mornes défaillances, Et sous mon ciel de feu, par de virils conseils, Aux luttes du Devoir et de la Poésie Convier ma dolente et stérile énergie

Q.u'endort le poids des lourds soleils.

Ignore-les toujours mes nuits noires et lentes, Le sommeil éveillé de mes heures brûlantes, Mes doutes, mes désirs de tombe et de cercueil, Mes révoltes sans fin, mes désespoirs sans nombre, Et dans ma tête en feu l'ébullition sombre De la colère et do l'orgueil.

Je ne dors pas, je songe, ami ! je me recueille. Je laisse au fruit le temps de mûrir sous la feuille; L'esprit est en travail sous mes fervents ennuis. Attentif cependant à l'appel poétique.

Je me redis les chants de ta harpe celtique. Et pour d'autres je les traduis :

« Q.u'as-tu f.iit de tes pleurs? Sous leurs gouttes divines. Au lieu de fleurs, ta glèbe a donné des épines, Et ton .âme, étouffant de lyriques transports, Source sans eau, sol sans gazon, volcan sans lave. Pour .nttendrir le maître et consoler l'escLive Reste muette et sans accords.

« D'un coupable sommeil réveille-toi, poète! Pour le droit opprimé, debout ! et haut la tête ! Contre un joug sacrilège, entre tous odieux.

Tonne!... puis éteignant ta sainte frénésie, Epanche de ton ame et de ta poésie L'apaisement mélodieux.

« Dans l'arène descends des sommets de la lyre ! Quel que soit son orgueil, l'homme subit l'empire Et des maies talents et des mâles vouloirs ! due ton luth soit une ame à la fibre sonore Prophétisant le jour dont tu vois l'aube éclore Dans l'avenir aux longs espoirs.

<i Au camp des opprimés dis ton rêve sublime ! Dieu, qui bénit leur cause et l'ardeur qui t'anime. Parlera par ta bouche et soutiendra ton cœur; Et ton esprit ouvrant ses ailes de lumière, Tu pourras de ta nuit de lutte et de poussière Sortir rayonnant et vainqueur! »

Je puis à ton appel, ami, prêter l'oreille. Mon cœur a devancé ce que ton cœur conseille La h're qui pleurait a grondé sous mes doigts. Je n'ai pas abdiqué ma rude et noble tache; Devant le fait brutal, j'ai seul et sans relâche Protesté du moins de la voix :

« Honte à vous dont l'orgueil est fertile en misères, Vous dont le lucre a fait un bétail de vos frères ! D'un spectacle pareil le ciel est révolté ! Plus de droit, de pitié, plus d'élan magnanime ; Partout la main du juif, partout la main du crime Crucifiant l'humanité !

« Honte à vous qui versez sur les humbles paupières L'Érèbe au lieu du jour, l'ombre au lieu des lumières. Qui redoutez l'éclat libérateur des cieux ! A vous qui, vous drapant de vos manteaux funèbres, Venez comme la nuit dérouler vos ténèbres Entre les astres et nos yeux !

» Et vous, êtres déchus, pitoyables esclaves, Vous qui baisez les mains qui vous chargent d'entraves, Honte à vous ! — Dieu, qui fit pour les oiseaux les airs, Le soleil radieux pour éclairer le monde, Et le vent pour qu'il vole et le flot pour qu'il gronde, Vous fit-il pour porter des fers ! »

Ah! que ne suis-je né dans cette Grèce antique Où la vie était libre et la tombe stoïque; Où la patrie, armant ses sacrés défenseurs.

Roulait sur les tyrans une invincible armée; Où de la Liberté la main n'était armée due pour frapper les oppresseurs;

Où la brise des mers et le vent des collines N'apportaient leurs parfums qu'à de mâles poitrines; Où, chez tous allumant d'héroïques ardeurs, L'astre de la lumière et l'astre de la gloire, Pour éclairer ces lieux qu'habitait la victoire, Mêlaient leurs rivales splendeurs!

Mais ces temps sont bien morts! L'Europe abâtardie Dans un sommeil de plomb dort et git engourdie. Partout le despotisme a détrôné les lois ; Et des plages du Nord aux mers de Salaniinc, Sur cette terre esclave et de gloire orpheline, Pèse acclamé le joug des rois.

O barde ami, chanteur dont le fervent génie Exhale en mètres fiers sa vibrante harmonie ; Fidèle aux jours mauvais non moins qu'aux jours meilleurs. Toi qui connais mon âme et qui sondas ses peines, Puisque l'homme en tous lieux porte aujourd'hui des chaînes Viens gémir et mourir ailleurs.

Je sais dans l'Océan une île où la nature Peut au moins dérouler une page encor pure. Le soleil est son père, et ce dieu des climats.

Inondant de clarté la splendide créole, De son front couronné d'une verte auréole A banni brumes et frimas.

C'est une île au sol riche, au ciel tiède, où la femme A des yeux de gazelle et des baisers de flamme; Où l'homme au parler franc a l'instinct généreux, Où la vague en mourant argenté au loin les grèves. Où la terre a des fleurs, où la vierge a des rêves Bleus comme son ciel et ses yeux.

Là comme ailleurs, hélas 1 pèse la servitude; Mais nos yeux, sur les monts trouvant la solitude. Fuiront dans l'avenir un présent douloureux ; Et les nuages blancs qui montent du rivage Déplieront sous nos pieds, nous voilant l'esclavage. Leur dais errant et vaporeux.

Nous verrons la cascade à la bouche écumante Épandre dans les airs une eau vierge et fumante; Sous les hauts bancouliers nous irons nous asseoir; Ils verseront en nous la paix de leurs feuillages, Où les oiseaux des bois et des grands caps sauvages Dorment bercés des vents du soir.

Sur les flancs du Salaze élevons nos chaumières. La nature pour nous de ses plus frais mystères Peuplera les ravins, les torrents et les bois;

8o POÈMES ET PAYSAGES

Et ce piton altier que l'ouragan assiège, Au ciel portant sa tête et ses siècles de neige, Abritera nos humbles toits.

L'illusion, l'espoir, l'art et la poésie Feront de notre cœur leur retraite choisie. Dans la splendeur des jours, dans la splendeur des nuits, Avec le vent qui pleure, avec l'onde qui coule. Avec le bleu ramier qui gémit et roucoule, A Dieu nous dirons nos ennuis.

Et loin du souffle ingrat des cités de la terre. Nous faisant de notre art un culte solitaire, D'espérance et d'amour nous rêverons encor; Et quand la mort viendra nous délier les ailes, Vers les cieux étoiles nos âmes fraternelles Ensemble prendront leur essor.

POÈMES ET PAYSAGES 8l

^ U'H.E l'H.CO'M'MUE

\~J E ne

los forets tige inconnue, Toi qui de tes fraîches hauteurs Sur ma route brûlée et nue As versé tes vierges senteurs;

Grotte mystérieuse et douce, Oasis de palmiers couvert, Fontaine où je puis sur la mousse Boire avec l'oiseau du désert;

Pensive enfant de ma vallée, Muse cachée au fond des bois.

Ame fraternelle et voilée, Dont la voix répond à ma voix ;

Toi qui dans l'ombre et solitaire As tressé pour l'obscur chanteur Une couronne de mystère Des premiers songes de ton cœur;

Puisque à mes yeux ton front se voile, O lys que trahit son odeur; Puisque, invisible et chaste étoile, Tu t'enfermes dans ta pudeur;

Garde ton ombre, âme discrète !

Sainte est pour moi ta volonté.

Mais, ô muse ! que le poète Toujours te sente à son côte.

De tes songes peuple mes rêves, De mes chansons enivre-toi :

Pareille à l'oiseau blanc des grèves, Plane sans cesse autour de moi !

Sois l'Ariane pure et blonde Qiii, m'inspirant dans mes sommeils, Me conduise à travers le monde Par le fil d'or de ses conseils.

Loin des bruits de la multitude, Sois mon nid dans les rameaux verts; Le palmier de ma solitude Où viendront s'abriter mes vers.

De mes flots troublés sois le eygne.

Garde-moi ta douce pitié, Car j'ai souffert, et je suis digne due quelqu'un m'ait en amitici

Et dans ton mystère, ange ou femme, Q.ue le ciel te bénisse un jour.

Pour avoir fait à ma pauvre âme La sainte aumône de l'amour!

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