‹ PoésiesChapitre 13 sur 48 · SUR LA MORT DU DUC D ORLEAN'S · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DU DUC D ORLEAN'S

1 uisQUE en tes jours bénis de gloire et de puissance, Du pauvre jusqu'à toi franchissant la distance, Tu l'aidas de sa croix à porter le fardeau ; Et que, sourd aux instincts d'une opulence avare. Toi, prince, tu couvris les membres de Lazare Des plis de ton roj'al manteau !

Puisque aux jours où cueillant les palmes de la guerre, Etranger aux dédains de la tourbe vulgaire, Tu compris que l'épée et la lyre sont soeurs. Et qu'appelés tous deux à fonder ou détruire, Le barde et le soldat, du droit et de l'empire Sont les plus sacrés défenseurs!

Puisque tu l'as compris, ô jeune intelligence! Puisque, abritant des arts la divine indigence, Tu protégeas ceux-là que la Muse a sacrés;

POEMES ET PAYSAGES bj

due, s'ouvraiit sur leur sort, noir de pluie et d'orage. Ta royale faveur, arbre au fécond ombrage, Monta jusqu'aux fronts inspirés!

C'est à nous, fils du peuple, aux louanges opimes, A nous, enfants des arts, déshérités sublimes, A nous à qui tes bras se sont toujours ouverts. De prier sur la pierre où tu dors sans couronne. Et de faire à ta tombe, à notre tour, l'aumône lit de nos pleurs et de nos vers !

C'est à moi, luth en deuil, sur ces lointaines rives, De répéter ton nom sur mes cordes plaintives, D'effeuiller à tes pieds mes strophes et mes fleurs, D'étoiler de mes vers ton linceul funéraire. D'enrichir, à mon tour, ton urne cinéraire De l'humble obole de mes pleurs

Va ! cette obole est pure, elle est sainte, elle est digne ! Pour ton cercueil absous c'est un triomphe insigne Q.ue ces larmes du fils du peuple au fils du roi! Et tu vaincras l'oubli, toi qui peux — ô victoire ! — Nous dire à nous, rêveurs, du haut de ton histoire : « Fils de la Muse, chantez-moi 1 »

Oui, nous te chanterons 1 mais la tête levée, Dans la calme attitude au juge réservée, La lyre sur le cœur et les yeux sur le ciel)

bb POEMES ET PAYSAGES

Comme il sied à ceux-là de qui la bouche austère N'a jamais aux tyrans, opprobre de la terre, • OlTert qu'un chant trempé de fiel !

Oui, je te chanterai ! car ta loyale épée Dans le sang des partis ne s'est jamais trempée! Car sur nos fiers drapeaux tu veillas à ton tour! Car en ces temps de lutte, hélas! et de colère. Tu n'as voulu forger au lion populaire

Qu'un joug foit de gloire et d'amour !

Oui, je te chanterai ! car tu fus doux et brave, Car tes mains sur nos mains n'ont point rivé d'entrave, Car, du peuple trahi désertant le drapeau, Tu n'as jamais forcé sa bouche à te maudire! Car, toi, tu n'as rien fait, rien qu'on ne puisse écrire Sur le marbre de ton tombeau !

Aussi quand, l'arrêtant dans ta course incomplète, La mort fit un cyprès du laurier de ta tête, La foule, — voix qui loue ou qui flétrit toujours, — Entourant d'un long deuil ta croix précoce et sombre, Les genoux sur ta cendre, a béni ta jeune ombre, O toi qui fis bénir tes jours!

Ile Bourbon, 1842.

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