‹ PoésiesChapitre 26 sur 48 · BÉ%^'K.GE · texte numérisé non relu

BÉ%^'K.GE

yJ poète, pourquoi punir par ton silence Tant de cœurs malheureux à ta voix suspendus ! D'un pouvoir corrupteur châtiant l'insolence, Rends au peuple indigné tes chants qui lui sont dus ! Parmi ses défenseurs la Liberté te nomme. Viens de ses ennemis déjouer les complots. Lourde à tous, la tourmente est dans l'air, ô grand homme ! Q.ue ta voix chante sur les flots !

Parle! notre âge est sombre et demande un Moïse. Parle! suscite un guide en nos mornes déserts, Rappelle à Pharaon la liberté promise.

Rappelle-lui quel sort l'attend au fond des mers.

Dis-lui bien que, semblable au Nil aux eaux fertiles, Il devrait enrichir et féconder nos bords, Et non pas dévorer de ses flots inutiles Et nos moissons et nos trésors!

Et quel plus triste objet de honte et de colère Q.ue ce roi quémandeur aux appétits sans fin, Q.ui, buvant à longs traits la sève populaire, De dots a toujours soif et d'or a toujours faim ! Encor si c'était tout! mais, ô comble de honte! D'un peuple descendu suprême abaissement ! O France! à ton drapeau l'outrage aujourd'hui monte, L'outrage monte impunément.

Non! ce n'est point ainsi qu'en des siècles impies Les inspirés d'en haut se révélaient aux rois : Sur des âmes de f.inge et de lucre pétries, Comme l'eau du torrent, ils répandaient leurs voix. Ils réveillaient le peuple endormi dans la poudre ; Ils faisaient dans son cœur passer l'esprit de Dieu, Et sur les fronts impurs lançaient comme la foudre L'anathème aux ailes de feu.

Descends donc dans l'arène et ressaisis ta lyre ! Viens du peuple exalter les généreux penchants. Ton pays qu'a vengé ta vaillante satire Dans ses jours de détresse a besoin de tes chants.

O citoyen poète à l'âme haute et libre. Viens lutter et combattre et vaincre pour nos droits! Sois encor, sois toujours ce cœur fier dont la fibre Fit trembler ministres et rois.

Poursuis ta noble tâche et ton œuvre bénie. Tout globe au sein des nuits a droit à son flambeau ; Et l'homme à qui le ciel imposa le génie Ne doit se reposer qu'en entrant au tombeau. Debout! à ton pays tu dois ta vie entière; Et pareil en ta marche à l'astre roi des jours, Poète, ne suspends ton œuvre de lumière Qu'après avoir rempli ton cours.

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v^ui, l'œuvre a trahi la promesse!

Leur torrent aux folles rumeurs Ne vaut pas l'antique Permesse, L'onde où buvaient nos vieux rimeurs.

« Cependant chacun d'eux s'admire.

En est-il un seul, en effet, Qui dans son œuvre ne se mire.

Fringant, pimpant et satisfait?

« Celui-ci, de rimes exquises Façonnant ses versiculets, Ciselle en l'honneur des marquises Sonnets, rondeaux et triolets.

« Ceux-là, du goût bravant la règle, Affichant des airs de pandour.

Aiglons dont Dorât serait l'aigle, Changent la Muse en Pompadour.

« Berger de normande facture, Plus épris d'or que de coteaux, L'un essaye en littérature Le genre poudré des Watteaux.

« Sous la matière étouflant l'àme.

Pour sa force aimant la laideur, L'autre envie à l'hippopotame Sa robuste et vaste lourdeur.

« Groupe à l'étrange fantaisie !

Stérile et grotesque travers!

Si c'est là de la poésie, Boileau ! je retourne à tes vers ! »

Ainsi dit la foule en son blâme.

Mais toi, bien qu'hostile aux défauts, Sache démêler dans la trame Le bien du mal, le vrai du faux !

Dans cette arène poétique, Où près des fous luttent les forts, Esprit ouvert, cœur sympathique, Applaudis aux nobles efforts.

Tout louer d'eux serait peu sage, Mais tout n'est point à rejeter :

Que d'or pur dans cet alliage Pour qui saurait en profiter !

Pris du vin des vertes années, Impatients des vieux drapeaux, Du front des muses surannées Leur main fit choir les oripeaux.

Raillant des classiques entraves La sénile infécondité, Ils ont à nos lyres esclaves Rendu jeunesse et liberté.

Si dans leur fougue de réforme Ils ont frappé vrais et faux dieux, Ils ont au moins dompté la forme Si rebelle et dure aux aïeux.

C'est leur part dans l'œuvre commune.

Eh! pourquoi la leur refuser?

Leur rôle, à ces fils de fortune, Fut moins de fonder que d'oser.

D'un art perdu cherchant la trace, Ils ont plus détruit que semé ; Mais leur amour fit leur audace :

Pardonnons-leur, ils ont aimé!

Des libertés à la licence, Certes, plus d'un vint aboutir :

Plaignons cette aveugle puissance Qui sait détruire et non bâtir.

Vaincus même ils restent utiles.

L'Art demandait à rajeunir :

Il est des défiiites fertiles Pour les moissons de l'avenir.

Jonchant l'arène littéraire, Ils sont la pierre et le ciment Dont quelque jour un heureux frère Fera sortir son monument.

Hél.as ! que de vainc fumée, Que de tumulte et que de bruit.

Pour qu'une pure renommée Se lève au sein de notre nuit !

Qu'il se lève, l'astre-poète Que l'Art pressent confusément !

D'une lumière enfin complète Saluons tous l'avènement !

Mais avec la tourbe servile.

Nous, n'insultons point aux vaincus !

Admirons, adorons Virgile,

Mais parfois plaignons Ennius.

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