‹ PoésiesChapitre 3 sur 48 · VOC^TIO'M · texte numérisé non relu

VOC^TIO'M

Ma fleur contient un fruit et mon vers une idée. LA MÈRE.

1 OU R QUOI jeter ta voix si paisible et si douce A travers ces rumeurs d'un siècle aux fortes voix? Ami, crois-moi, résiste au démon qui te pousse; Laisse tes faibles chants, comme l'eau sur la mousse. Laisse tes chants couler à l'ombre de nos bois.

Mère, vous m'avez dit aux jours de mon enfance : « A de nobles instincts livre-toi sans défense. Ta raison ni ton cœur ne sauraient t'égarer : S'ils parlent, obéis sans jamais murmurer.

Pour le cœur, la raison est une sœur aînée; C'est de leur saint amour que la sagesse est née. Sans elle on est aveugle, et stérile sans lui. Demande-leur toujours un mutuel appui ; Et, pareil à l'oiseau qui se fie à son aile, Laisse guider ton vol à leur voix maternelle. « Fidèle à vos leçons, quand leur voix a parlé. Mère, sur mon chemin je n'ai point reculé.

LA MÈRE

Est-ce bien la raison qui parle et nous conseille ? Ou quelque espoir chanteur qui séduit notre oreille. D'un cœur bien jeune encor flattant les passions. Ne nous berce-t-il pas, ami, d'illusions ? La Muse t'éblouit ! oli ! la Muse est si belle ! Mais son ardent regard brûlerait ta prunelle; Du soleil l'aigle seul affronte les splendeurs. Pour un rêve insensé ne fuis point ma chaumière ! O papillon d'un jour épris de la lumière. Ne vaut-il pas mieux vivre et mourir dans les fleurs?

Si la gloire est pour vous un rêve, une chimère, Ce rêve est beau, vous-même en convenez, ma mère.

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