LIVRE III. 2G
Tu sais bien que je suis de ceux Qui ne sont jamais paresseux A louer les vertus des hommes ; Et dans Paris , en mes vieux ans , Je passe à ce devoir mon temps , An malheureux siècle où nous sommes.
Mais, las ! la perte de mon fils, Ses assassins d'orgueil bouffis, Ont toute ma vigueur ravie; L'ingratitude et peu de soin Que montrent les grands au besoin De douleurs accablent ma vie.
Je ne désiste pas pourtant D'être dans moi-même content D'avoir vécu dedans le monde , Prisé (quoique vieil, abattu) Des gens de bien et de vertu ; Et voilà le bien qui m'abonde.
Nos jours passent comme le vent ; Les plaisirs nous vont décevant, Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles d'un jour * -.
Grandeurs , richesses et l'amour Sont fleurs périssables et vaines.
( Héniérncalles ou éphémères, c'est ia mémo rlinse. Édit.
l'oi sus
Nous avons tant piTtlii d'amis, VA (le biens par le sort transmis Au pouvoir de nos adversaires, Néanmoins nous voyons du port D'autrui les diM)ris et la mort, En nous éloijinant des corsaires
Ainsi puissions-nous voir long-temps Nos esprits libres et contents Sous l'inlluence d'un bon astre :
Que vive et meure qui voudra !
La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.
Le soldat remis par son cbef.
Pour se garantir de méchef, Ln état de faire sa garde , N'oseroit pas en déloger Sans congé, pour se soulager.
Nonobstant que trop il lui tarde
Car s'il prucédoit autrement, 11 seroit puni promptement Aux dépens de sa propre vie.
Le parfait chrétien , tout ainsi , Créé pour obéir aussi , Y tient sa (ortune asservie.
LIVRK 111. î>r.7
U ne iloit pas quitter ce lien Ordonné par la loi de Dieu ; Car l'ame qui lui est trausmi^ Félonne ne doit pas fuir Pour sa damnation encourir, Et être en l'Érèbe remise.
Désolé, je tiens ce propos.
Voyant approcher Atropos
Pour couper le nœud de ma trame;
Et ne puis ni veux l'éviter,
Moins aussi la précipiter ;
Car Dieu seul commande à mon anie
Non, Malherbe n'est pas de ceux Que l'esprit d'enfer a deceus Pour acquérir la renommée De s'être affranchis de prison Par une lame, ou par poison , Ou par une rage animée.
Au seul point que Dieu prescrira ,
Mon ame du corps partira
Sans contrainte ni violence ;
De l'enfer les tentations ,
Ni toutes mes afflictions
Ne forceront point ma constanre.
•)»•.« i»()i:sii;s
Mais, [a (i\iti)K, voNcz (oiniiieiit On se divague (loiicemeiit , i:t comme notre esprit agrée l)i; s'entretenir i>rès et loin , Encor qu'il n'en soit pas besoin , Avec l'objet qui le récrée.
J'avois mis la plume à la main Avec l'bonorable dessein De louer votre sainte Histoire; Mais l'amitié que je vous dois l'ar delà ce que je voulois A fait débaucher n)a mémoire.
Vous m'étiez présent à l'esprit Kn voulant tracer cet écrit ; Et me sembloit vous voir pnroitre Brave et galant en cette cour, Où les plus huppés à leur tour Tàcboient de vous voir et conuoître.
Mais ores à moi revenu , Comme d'im doux songe avenu Qui tous nos sentiments cajole, Je veux vous dire franchement , Et de ma fa(,'on librement, Ont' votio Histoire est une école