LIVRE PREMIER
De l'infidèle qui l'oublie ; Tu songes à l'amour, et tu n'as plus d'amanl ! Je suis déjà puni- Ta rivale a des diarmes,... Eh bien! ton souvenir est encor plus puissant.
Je te pleure en te trahissant :
La légère inconstance a donc aussi des larmes !
Jamais , hélas ! oh ! non , jamais L'orgueilleuse beauté que malgré moi j'adore
N'aimera comme tu m'aimais; Je le sais , et pourtant je te fuis , pauvre Isore !
Ta confiance encore ajoute à mon malheur. Parfois , sortant des bras de ta rivale heureuse , Fatigué des transports d'une nuit amoureuse , Je t'aborde , l'air vague et ie front sans couleur : N'importe! Loin de toi toute crainte est bannie; Tu ne soupçonnes pas l'infidèle insomnie Qui sur mes traits changés imprime la pâleur;
Seulement ta bouche m'accuse De consumer ma vie au sein des longs travaux ,
Et de consacrer à ma muse L'heure où le doux sommeil balance ses pavots. Je souris tristement à l'erreur qui t'abuse. Mais lorsque lu me dis : « Je compte sur la foi ; Ne m'abandonne pas , je me confie à toi , » Alors mon cœur succombe au trouble qui l'oppresse; Je sens l'aveu cruel s'échapper à moitié;
Et toi , tu crois à ma tendresse ,
Qui n'est plus que de la pitié.
Quand finira l'erreur dont tu jouis encore,
Combien de larmes vont couler !
Je [)lain(lrai tes douleurs, et, sans les consoler,
Je répéterai : « Pauvre Isoro !... »
Périsse, périsse le jour
Où la fière Délie usurpa ton empire !
Périssent ses attraits et son fatal sourire I Périsse même son amour !
Qu'ai-je dit ? Peut-être Délie
Un jour d'isorc en pleurs vengera Tabandon ; Oublié comme je t'oublie,
Je viendrai, douce Isoro, implorer un pardon; Mais en vain : le dieu qui console, Le temps aura donné ton cœur A quelque autre amant moins frivole, Et plus digne de son bonheur.