‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 16 sur 121 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

De l'infidèle qui l'oublie ; Tu songes à l'amour, et tu n'as plus d'amanl ! Je suis déjà puni- Ta rivale a des diarmes,... Eh bien! ton souvenir est encor plus puissant.

Je te pleure en te trahissant :

La légère inconstance a donc aussi des larmes !

Jamais , hélas ! oh ! non , jamais L'orgueilleuse beauté que malgré moi j'adore

N'aimera comme tu m'aimais; Je le sais , et pourtant je te fuis , pauvre Isore !

Ta confiance encore ajoute à mon malheur. Parfois , sortant des bras de ta rivale heureuse , Fatigué des transports d'une nuit amoureuse , Je t'aborde , l'air vague et ie front sans couleur : N'importe! Loin de toi toute crainte est bannie; Tu ne soupçonnes pas l'infidèle insomnie Qui sur mes traits changés imprime la pâleur;

Seulement ta bouche m'accuse De consumer ma vie au sein des longs travaux ,

Et de consacrer à ma muse L'heure où le doux sommeil balance ses pavots. Je souris tristement à l'erreur qui t'abuse. Mais lorsque lu me dis : « Je compte sur la foi ; Ne m'abandonne pas , je me confie à toi , » Alors mon cœur succombe au trouble qui l'oppresse; Je sens l'aveu cruel s'échapper à moitié;

Et toi , tu crois à ma tendresse ,

Qui n'est plus que de la pitié.

Quand finira l'erreur dont tu jouis encore,

Combien de larmes vont couler !

Je [)lain(lrai tes douleurs, et, sans les consoler,

Je répéterai : « Pauvre Isoro !... »

Périsse, périsse le jour

Où la fière Délie usurpa ton empire !

Périssent ses attraits et son fatal sourire I Périsse même son amour !

Qu'ai-je dit ? Peut-être Délie

Un jour d'isorc en pleurs vengera Tabandon ; Oublié comme je t'oublie,

Je viendrai, douce Isoro, implorer un pardon; Mais en vain : le dieu qui console, Le temps aura donné ton cœur A quelque autre amant moins frivole, Et plus digne de son bonheur.

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