‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 36 sur 121 · LA NÉRÉIDE · texte numérisé non relu

LA NÉRÉIDE

Quittez pour rOcéan la source Aganippide, Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.

Vierge encor, de Doris et Tamour et Tespoir,

Des filles de Doris elle était la plus belle.

Thétis l'aimait, Thétis se plaisait à la voir;

Les grands dieux de la mer s'empressaient autour d'elle.

Les nymphes l'admiraient ; les Tritons complaisante

A ses pieds, chaque jour, apportaient leurs présents;

Même on dit qu'une fois le pasteur deNérée,

Pour elle répétant la chanson désirée,

Oublia de \eillcr sur ses phoques pesants.

Quittez pour l'Océan la source Aganippide , Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.

Monarque aux flèches d'or, que révère Délos ! A l'heure où tes coursiers se plongent dans les (lots, Tu la vis , tu l'aimas ; et la nymphe charmante T'apparaissait , les nuits , sur la vague écumanle. Sur la vague , une nuit , dans le calme des aii s , Des oiseaux do Thétis écoulant les concerts,

Elle vil un nocher, dont la barque sans voiles Voguait légèrement au rayon des étoiles , Tandis que Taviron , de son bruit mesuré , Accompagnait ce chant par l'amour inspiré : (1 Accours , hôte léger de la plaine liquide ! De mes filets tendus ne crains plus les réseaux , Ni l'hameçon qui flotte à la ligne perfide : Typhis est amoureux d'une fille des eaux ; Amoureux sans espoir ! De quel œil verrait-elle Un simple nautonnier chérir une immortelle? Je n'ose de son nom charmer l'écho des mers , De peur qu'en se jouant Zéphire sur son aile Ne le porte à Doris; et mon cœur le recèle, Caché comme la perle au sein des flots amers.

Quittez pour l'Océan la source Aganippide , Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.

Chasf<^ nymphe ! ta voix fit entendre ces mots :

« Jeune et beau nautonnier, que ton cœur se rassuie!

Du chasseur de Vénus tu connais l'aventure.

Lorsque Diane , un jour, s'égara vers l'Athmos ,

Un pasteur dénoua sa pudique ceinture.

Le nautonnier doit plaire à la fille des eaux.

Les dieux eurent souvent des mortels pour rivaux ;

Et peut-être , ô Typhis , la beauté qui t'est chère

A l'azuré Glaucus en secret te préfère. »

Une main sur la poupe , elle tient ces discours :

Et cependant la barque avait suivi son cours;

Et Typhis, s'inclinant sur la rame agitée,

Abordait en silence à la dune écartée.

<i 0 déesse ! a-t-il dit, que vos pas immortels

Daignent toucher le seuil de mon humble cabane ï

Dès demain ce séjour ne sera plus profane ;

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