‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 51 sur 121 · LE PAUVRE NÈGRE · texte numérisé non relu

LE PAUVRE NÈGRE

Ravi naguère aux côtes de Guinée , Le pauvre Nègre, accablé de ses maux, Pleurait un jour sa triste destinée, Et de soupirs accompagnait ces mots :

« Qu'ai-je donc fait au Dieu de la nature Pour qu'il m'impose esclavage et douleur? Ne suis-je pa? aussi sa créature?

Est-ce forfait que ma noire couleur?

» Comme le blanc, dont la rigueur m'oppresse, N'étais-je pas formé pour le bonheur?

J'aimais Nelzi; seule, elle eut ma tendresse, Et son regard faisait battre mon cœur.

Heureux époux, j'allais devenir père.

Ocher enfant, gage de notre amour, Respires-tu pour consoler ta mère?

As-tu péri sans connaître le jour ?

M Je ne pourrai te bercer dans ta couche , Enfant aimé, que n'ont point vu mes yeux! Ni te sourire , en pressant sur ta bouche De l'oranger les fruits délicieux ; Ni t'enseigner, dès ta robuste enfance , L'art d'assoupir un serpent venimeux, Ou de surprendre un lion sans défense , Ou de plonger sous les flots écumeux!

92 CHANTS lîLEGIAQUES.

I) Oh! jainois plus je ne verrai l'ombrage

Des bananiers que je planlai pour toi;

Ni Tanlre sombre où, par un jour d'orage,

0 ma Nelzi ! je te dis : « Sois à moi ! »

Ni ma cabane, à mon cœur toujours chère,

Qu'en ses vieux ans mon père me transmit;

Ni le ruisseau de la roche où ma mère

Du grand sommeil dans mes bras s'endormit!

» Un soir (c'était à cette même source) .ji

Je reposais sous le vert citronnier : V

Les blancs cruels revinrent de leur course ; ^

A mon réveil, j'étais leur prisonnier.

Je résistais : l'un d'eux fit sur ma tète

Tomber les coups de la verge de fer. j

Désespéré , j'invoquai la tempête ; Et je pleurais en regardant la mer. »

Comme il chantait sa chanson d'esclavage ,

Le négrier * sur ces bords descendit

Un habitant de son lointain rivage.

Zabbi l'appelle, et, l'embrassant, lui dit :

« De ma Nelzi, frère, quelle nouvelle? »

L'autre se tait, mais il montre les cienx.

'( Je t'entends : morte. Et l'enfant? — Mort comme elle.

— Bien. » Et la joie éclata dans ses yeux.

Deux jours entiers, jetant sa nourriture, Il haleta sous un ciel embrasé; Et, du matin jusqu'à la nuit obscure, De ses sueurs le sol fut arrosé.

' Vai*âoau destiné a la traite des nègre».

Vers le refour de la troisième aurore, La verge en main, le mai Ire reparut : (I Lèvt'-loi ! — iNon ; je puis dormir encore; Je deviens libie. .) Et sui ''heure il mourut.

A MONSIEUR h***,

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