A JOSEPH MARMETTE
La terre d'Amérique, en grands cœurs si féconde, A fourni Ô«s marins dont s'est ému le monde, Dont la science hier a, de son fier burin, Eternisé les noius sur des feuillets d'airain.
Quand ces audacieux, croyant à leur étoile, Eurent à Tàpie vent des mers ouvert la voile.
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Qu'ils eurent salué les bocages ombreux Du rivage natal décroissant derrière eux, Des cris d'enthousiasme, étrange symphonie, S'élevèrent des bords de la Californie, C'haque peuple d'Europe, ivre d'émotion.
Leur jeta du lointain son acclamation.
Explorateurs que nul obstacle ne déroute,
Ils s'en allaient frayer une nouvelle route,
Et, comme la France est de tous les grands essais,
Leur navire à son flanc portait un nom français.
Pionniers du progrès, oigueilleux de leur rôle,
Ils allaient hardiment, le regard sur le pôle.
Ils espéraient franchir les remous éperdus
Qui roulent dans leurs flots tant de marins perdus.
Et rêvaient de porter la bannière étoilée
Plus loin qu'aucune voile encor n'était allée.
Parfois, dans les beaux soirs, quand le vent se taisait, Et que chaque astre d'or dans les vagues luisait,
Les Marinfis de la Jeannette 99
Groupés au pied des mâts, ils contaient des légendes,
Ils parlaient du pays des grands bois et des landes.
Ils vantaient le soleil de ces bords séduisants
Où tant de cœurs émus battaient pour les absents.
Bien avant dans la nuit ils causaient sous les voiles,
Et, bercés au roulis des flots remplis d'étoiles,
Après que tout causeur dans Tombre s'était tû,
Ils restaient là pensifs et le front abattu.
Ils songeaient aux dangers de l'océan arctique ;
Ils revoyaient au loin le foyer domestique
Où le bonheur naguère encore était serein ;
Et des soupirs gonflaient leurs poitrines d'airain . . . .
Mais l'aube les voyait joyeux à la manœuvre.
Leur dévoûment était aussi grand que leur œuvre.
Dévoûment inutile !
Hélas ! ils ont grossi Le nombre des héros qui n'ont pas réussi, Ils sont morts, en laissant leur tâche inachevée, Sans pouvoir aborder à la zone rêvée.
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Sans atteindre le but splendide et radieux,
Sans qu une oreille amie ait reçu leurs adieux,
Sous des cieux où Toiseau n'ouvre jamais son aile,
Au milieu des horreurs de la glace éternelle,
Et Tocéan polaire, ignoré du soleil,
Toujours enveloppé d'une nuit sans réveil.
Jeta durant longtemps son râle et son écume
Aux tombeaux de ces preux endormis dans la brume.
Pour retrouver ses fils et recueillir leurs os, La patrie en deuil a versé son or à flots ; Et pendant que, roulés dans les plis du suaire, Ils ont franchi l'Europe, un long glas mortuaire A tinté dans les cœurs, la bouche des canons A tous les vents du ciel a répété leurs noms. Partout ont résonné les cloches, les fanfares, Londres, Madrid, Berlin ont allumé leurs phares. Et devant les cercueils de ces sublimes fous, La France enthousiaste est tombée à genoux ; Puis son œil a suivi sur l'Océan qui tonne Les restes des marins dont l'univers s'étonne ; Et, lorsque l'Amérique a reçu ses héros.
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<5uanrl leurs frères, parmi les clameurs, les sanglots, Sont allés les coucher sous îa funèbre voûte, Porté par des Français, sur le bord de la route Le tricolore au vent déployait son éclat, La France dans ses fils était encore là.
Ah ! c'est que cette France admire le courage, .Honore les martyrs, sait toujours rendre hommage A tous ceux qui sont prêts à mourir, s'il le faut. Soit au fond d'un désert ou sur un échafaud.
•Chaque peuple aujourd'hui connaît la sombre histoire De ces marins tombés sur un écueil de gloire, <3ui, vaincus, ont au front l'étoile des vainqueurs. Et leur longue agonie a navré tous les cœurs.
A l'heure où leur vaisseau, toutes voiles ouvertes. Allait fendre les flots des immensités vertes, Plus d'un parmi la foule a souri de pitié De les voir s'arracher aux bras de l'amitié.
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Leur bravoure peut-être était de la folie ....
Soit ! mais devant celui qui va donner sa vie
Pour servir la science, aider Thumanité,
Moi d'amiration je me sens transporté,
Et ceux qui restent droits quand la France s'incline.
N'ont jamais rien senti battre dans leur poitrine.