LES PEUPLIERS
Salut, grands peupliers qui penchez sur la route Votre feuillage lourd d'enivrantes senteurs, Qui bercez sur ma tête une ondoyante voûte Toute pleine d'oiseaux chanteurs !
J'aime à vous contempler, à l'époque charmante Où le soleil vient tout rajeunir et griser, Où la brise de mai, mystérieuse amante,
Vous fait frémir soiis son baiser ;
162 Les Feuilles d Erable
Car dans le doux babil de la feuille qui tremble, Dans la chanson du nid sur la branche bercé, En extase, je crois ouïr chanter ensemble Les voix suaves du passé.
Un soir du mois de juin, à la brise jalouse Dénouant les anneaux de ses cheveux de jais, Elle m'avait suivi sur la molle pelouse
Qu'ombrage votre immense dais.
De vos cimes montaient des chants et des murmures : L'oiseau s'y querellait avec l'écho moqueur .... Nous vînmes nous asseoir tous deux sous vos ramures. Avec le printemps dans le cœur.
Nous causâmes longtemps dans votre ombre sonore . Elle avait des propos étranges que j'aimais.
Dont le souvenir fait que j'en tressaille encore, Et que je n'oublierai jamais.
Les Peupliers 103
Oui, mes vieux peupliers, sous votre vaste dôme, Quand le printemps sourit, j'aime à venir m'asseoir, Car je crois voir ici le gracieux fantôme De ce temps envolé qui fut mon plus beau soir.