A MADEMOISELLE
Enfant, as-tu trouvé de ramertume au fond Du vase éblouissant qui te versait la vie, Que tu viens d'écarter tout à coup ton beau front De la foule où naguère on te voyait ravie ?
Si jeune encore, as-tu déjà fait des ingrats ? As-tu vu s'envoler quelque illusion blonde ?
Le sort ne veut-il plus te bercer dans ses bras ? Oh ! dis-moi donc pourquoi tu vas quitter le monde ?
1 72 Les Feuilles (ÏEraMe
<Juancl les lis au soleil bercent leurs encensoirs, Que Foiseau fait son nid, l'herbe commence à croître, Pourquoi, te dépouillant de tes longs cheveux noirs, Cours-tu t'ensevelir vivante dans un cloître ?
Pourquoi rêver devant une tête de mort, Quand l'arbre parfumé, qu'on nomme la jeunesse. Balançant ses rameaux tout chargés de fruit d'or. Jette au vent des amours ses chansons, son ivresse ?
Qu'importe ton secret ! . . . Tu pars le cœur content ; Tu semblés ignorer, de mystères avide, Quo la maison dorée où tu nous charmais tant Sera demain aussi morne qu'un berceau vide.
T armchaut aux l>aîsers de ta famille en pleurs. Tu franchiras le seuil sacré du sanctuaire, Ku toilett<^ de bal, le fixant chargé de fleurs, Pour aller te ci>uoher sous un drap mortuaire.
A Mademoiselle *** 178
Un prêtre, en surplis blanc, aspergera ton corps Qui frémira d*émoi sous Teau sainte qui coule, Et, pendant qu'il lira les versets pour les morts. Des sanglots dans la nef éclateront en foule.
Et tu ne pourras plus porter ton nom si doux : Celui d'une martyre en aura pris la place.
Tu verras le plancher usé par tes genoux.
Et tes traits fins prendront une pâleur qui glace.
Le souvenir mourra dans ton cœur endormi ; Tu seras pour les tiens, hélas! comme perdue ; Tu fermeras tes yeux mourants sans qu'un ami Puisse mettre un baiser sur ta lèvre éperdue.
Moi je croirais ton cœur à l'amitié fermé,
Je le croirais plus sourd et plus froid que la pierre.
Si je ne songeais pas parfois, l'esprit calmé,
Qu'il faut, pour toucher Dieu, des anges sur la terre,