‹ Poésies canadiennesChapitre 3 sur 41 · A L'HONORABLE AUGUSTE-REAL ANGERS · texte numérisé non relu

A L'HONORABLE AUGUSTE-REAL ANGERS

Lieutenant-gouverneur de la province de Québec

Nous aimons exalter, dans nos banquets civiques, Quand de joie et d'amour le cœur du peuple est plein, Ces anciens gouverneurs français fiers et stoïques Dont la gloire illustra la cité de Champlain.

Nous tressaillons d orgueil, quand un tribun évoque Le souvenir des preux qui régnaient autrefois. Au nom de Frontenac, résumant une époque.

Nous sentons s'éveiller notre vieux sang gaulois.

14 Les Feuilles cCRrahle

Descendants des héros de la chevalerie,

Barons, comtes, marquis sans reproche et sans pour.

Ils cultivaient la fleur de la galanterie

Si rare on notre grand siècle de la vapeur.

Ils parlaient de la cour de France le langage, Et Racine semblait l'avoir poli pour eux ; Et leur esprit, qu'Athène un jour eut en partage. Pétillait, débordait comme un vin généreux.

Hélas ! ces gouverneurs d'élite nous quittèrent ; Nous perdîmes avec ces braves notre appui.

Quand le dernier partit, des sanglots éclatèrent . . . . C'était tout notre espoir qui partait avec lui.

C'était le drapeau blanc, immortelle relique, Qui tant de fois avait guidé nos preux vainqueurs, Que nous voyions alors repasser l'Atlantique, Emportant dans ses plis des lambeaux de nos c(Burs

A L'Hàie A-R Angers 15

Le Canada subit le joug de l'Angleterre Contre qui nos soldats cent ans avaient lutté. Il pleura bien longtemps la France, cette mère Que nous avions perdue avec la liberté.

Mais nous restâmes fiera après notre défaite

Aussi brillante, aussi noble que le succès ;

Et tous, nous roidissant, au fort de la tempête,

Nous poussâmes ce cri : — Restons toujours français !

Nul ne put nous ravir le saint patriotisme

<^ui fait que sous le ciel tous les fronts restent droits.

Le peuple combattit Taveugle despotisme,

Et son dévoûment fit triompher tous nos droits.

Nous chérissons toujours notre mère patrie, Quoiqu'elle nous vendit ainsi qu'un vil troupeau. Oui, nous l'aimons encore avec idolâtrie, Et rien n'émeut nos cœurs comme son vieux drapeau.

16 Les Feuilles d'Erable

Pourtant nous oublions les Brillants militaires Qui nous faisaient jadis subir son joug si doux, Lorsque, pour remplacer ces anciens dignitaires, Notre race produit des hommes comme vous.

LA FORET ^'lERGE.

Inextricable amas de fleurs et de lianes,' Dédales odorants que forment les grands fûts D'arbres pensifs mirant leur ombrage diff*us Aux flots où le castor élève ses cabanes ;

Sentiers profonds creusés, sous les halliers touflns, Par le sabot des cerfs courant en caravanes ; Calme majestueux des lacs et des savanes Qu'enivrent des oiseaux les ramages confus ....

178 Les Feuilles d' Erable

C'est rimmense forêt dans sa majesté sainte, Où pas un pied humain n'a laissé son empreinte, Où seul le vieil esprit des bois s'est reposé.

Elle dort . . . Mais soudain un coup de feu résonne . A ce bruit, la forêt séculaire frissonne Et s'incline devant l'homme civilisé.

L'ILE D'ORLÉilNS

Près du Montmorency dont la vague au galop Plonge entre les parois d'un grand cap qui chancelle, L'Ile, large oasis qui sommeille sur Teau, Ainsi qu'une émeraude au soleil étincelle.

Des arbres, l'entourant comme d'un frais manteau, Y bercent les oiseaux par milliers sous leur aile, Et, mirant dans les flots l'angle de leur tourelle. De coquettes villas en ornent le coteau.

180 Les Feuilles d'Erable

C'est un lieu ravissant, un éden minuscule Où, pour fuir les chaleurs de l'âpre canicule. Les Québécois s'en vont le dimanche s'asseoir.

La légende a toujours poétisé cette île ; Et l'on dit que souvent sur son talus fertile Les mânes des Hurons apparaissent le soir.

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