SOUVENIR
Baignant, de ses reflets d'argent, le pli des eaux, La lune se levait sur la berge embaumée ; L'orchestre des oiseaux chantait sous la ramée, De suaves rumeurs ronflaient dans les roseaux.
Nous laissions notre barque aller à la dérive, Et, bercés au roulis sonore du courant.
Côte à côte, elle et moi, nous allions admirant Le grand panorama que déroulait la rive.
218 Les Feuilles d'Erable
Nous longions des rochers de feuillages couverts Devant nous s'enfuyaient des ailes éclatantes ; Et les arbres, penchés sur les vagues chantantes, Semblaient nous saluer, de leurs éventails verts.
L'enfant, laissant flotter sa chevelure blonde. Suivait, d'un œil rêveur, le flot sur le galet. Ou bien, pour voii* ses dents blanches comme le lait, Baissait son front mutin sur le miroir de l'onde.
De la rame, fouettant parfois le fleuve clair. Elle en faisait jaillir de longs rubans d'écume ; Parfois elle plongeait sa main dans l'eau qui fume. Et, rieuse, égrenait des opales dans l'air.
La marée endormait sa plainte modulée, Et son flot tout à coup devint silencieux. . . . Alors l'enfant tourna son regard vers les cieux, Et dans l'ombre épancha sa voix fraîche et perlée.
Souvenir 219
Répété par Técho d'un bosquet parfumé, Son refrain éveillait au loin les nids de mousse, Et, pour mieux écouter cette gamme si douce, L'oiseau, sur son balcon, se penchait tout charmé.
Son chant s'éparpillait en notes frissonnantes, Pures comme les sons d'un clavier de cristal. Et mon âme, emportée au bras de l'idéal, Franchit à cet instant les sphères rayonnantes.
O mon fleuve ! malgré les regrets et le temps, Il m'est resté toujours un souvenir vivace De ce soir qui versait à longs flots dans l'espace Les rayons de l'éther, les parfums du printemps.