EPILOGUE
La tombe et la nuit mont quitté.
Vienne la femme qui s'émeuve Sous mon baiser ressuscité !
J'étais pareil au lit (Vun fleuve Dans les jours brûlants de Vété, Sec et morne, attendant qu'il pleuve,
L'ennui du mal m'avait hanté; Mais j'ai triomphé de l'épreuve Et rompu le joug détesté.
Mon désir de nouveau s'abreuve Aux pures sources de beauté, Et je répands mon âme neuve
Dans un amour illimité !
SONNETS
A T H H 0 D 0 n E DE B A N V H. L E.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
Les Sonnets, qui, pour la plupart, parurent d'abord dans la Revue fantaisiste, firent partie de Philoméla (1863). Us ont été successivement réimprimés dans les Poésies de Catulle Mendès (Sandoz et fischbacher, 1876) et dans le second des sept volumes intitulés les Poésies de Catulle Mendès (OllendorfiF, 1885, et Dentu, 1886).
SONNETS
LE VALXCL'
Les cygnes ont chanté sous l'ongle des milans, Et le sein de Gypris porte une rouge entaille. •le suis un des vaincus de la grande bataille Qui se livre ici-bas depuis mille et mille ans !
Cependant que la Nuit lâchait sa valetaille Ténébreuse, les Dieux, les Dieux étincelants, Vêtus de neige et d'or, magnifiques et blancs. M'ont dit : « Vas, et ramasse une armure à ta taille.
Alors, dans la mêlée où le Ciel doit plier, J'ai conquis à mon tour la gloire des défaites Et je meurs, sans avoir jeté mon bouclier.
Et les vierges, plus tard, illustreront de fêtes
La place où je tombai sous la main des bourreaux.
Formidable et charmant comme un jeune hércs î
SONNETS
CALOMCE
Sur la grande galère à quatre rangs de rames,
Calonice ramène une fille d'Asie
Oui, nue et frissonnante et belle, s'extasie
De fouler des tapis de pourpre aux rouges trames.
' () vierge, dit la Grecque, entre toutes choisie Pour apaiser mon cœur percé de mille lames. Tu connaîtras le sens des longs ëpithalames Et de mon amitié la chaste hypocrisie! »
Dans Tair, à ce moment, on vit deux hirondelles
Caresser les cheveux épars des fiancées.
Et la brise chantait : Hyménée ! autour d'elles
Mais la lune baisa les vagues balancées, Et tu parus, le front couronné d'asphodèles, 0 nuit, o blanche nuit, ù nuit mvstérieuse !...
SONNETS
A GANIDIE
Amie au som])re cœur dans le mal égaré, Ton front n'est point pâli comme le front des veuves, r;i douleur a le calme imposant des grands fleuves, l>t tu ne pleurais pas le jour où j'ai pleuré.
ion A'aste or^iueil s'étale au-dessus des épreuves Comme au sommet des monts un beau lac azuré; Tu portes, souriante et le pas mesuré, Tes nouveaux désespoirs comme des robes neuves.
Rien ne peut entamer ton cœur de diamant! Dieu lit, dans le serein éclat de ta prunelle. L'irrémissible vœu de Tendurcissement.
Moi, je te suis de loin vers la nuit éternelle, Et, perdu dans l'horreur de ton rayonnement, Je m'abîme en ta chute, o grande criminelle !
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LWITATIO^ A LA PROMENADE
Poète frivole, épris des musées Et des rouges fleurs en jjapier gommé, Tu n'as jamais vu que de tes croisées La A-erte spjlendeur du mois embaumé.
En vérité, ceux qui font des risées Sur le doux printemps n'ont jamais aimé. Mouillez ma bottine, ô fraîches rosées Du bois où bourgeonne et gazouille Mai !
Belle fleur, dis-moi la bonne aventure ! Ah! mon amoureux, il n'est rien de tel Que de voir au vent flotter ma ceinture.
De mon doigt rosé comme en un pastel, Je veux te montrer l'éclat immortel D'un site charmant comme une peinture!
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LE JAPACANI
Sous révasement noir de quelque grand jjlatane, Comme un japacani dans les feuilles niché, Ayant sous mes talons tout ce qui luit ou plane. Je veux dormir, au nid de mon désir couché !
Je veux que Ton me tresse un hamac de liane, Que l'haleine des fleurs haise mon front penché, Et, caressante, éveille une chanson persane Sur mon luth qui frissonne à ma droite abranché!
Que mon narguilhé d'or s'allume, et que dans l'ombre En jaillisse, à la fois éblouissant et sombre, Le tourbillonnement des rêves inouïs;
Que de vous la plus belle, o houris de ma couche. Butinant des senteurs de femme à chaque bouche, "M'appor;;e en un baiser tous vos baisers unis!
SONNET?^