‹ Poésies (volume 2)Chapitre 33 sur 73 · ADORATION · texte numérisé non relu

ADORATION

Prêtre, abjure l'autel. Vestale, éteins le feu.

Dans le cercle dont nul n'a marque' le milieu Et qui, s'élargissant d'étoiles en étoiles, Fuit dans la transparence ironique des voiles, Mon âme résolue a tenté les chemins Du vertige, au delà des horizons humains. Et remonté le cours de la source première. Qu'a-t-elle vu ? Du vent fuir dans de la lumière.

Et lorsque plus avant s'ouvrit l'illimité,

Qu'était-ce? encor plus d'air dans bien plus de clarté.

L'âme alors, aux témoins de l'inconnu farouche,

Tremblante, a dit : « Oii donc est l'œil, où donc la bouche

Du regard que je vois, du souffle que je suis ? »

Le jour a répondu : « Je ne sais pas, je luis. »

Le vent a répondu : « Je ne sais pas, je passe. »

Ni l'Être, seul moment, seul nombre, seul espace, Où se perd, comme une ombre au soir se mêlerait. Le pénitent nourri des vents de la forêt. Qui laisse, dédaigneux de la vie et de l'œuvre, Dans sa barbe fleurir les ronces, la couleuvre Et l'oiseau se bûtir des nids dans ses cheveux; Ni le morne Lavèh qui frappe et dit : « Je veux. Seul éternellement dans mon firmament sombre, Que l'homme, de l'abîme où l'arche même sombre, N'ait qu'un phare, ma gloire au front du Sinaï ! » Ni Mithra, blanc et pur, des ténèbres haï; Ni toi qui fuis, voilée en un triple mystère, Vague Isis ! ni le souffle enveloppant la terre.

Zeus orageux, et ceux que Tadorable Hellas Pleure, ces dieux enfants, ces déesses hélas ! Tous nés dans le Lotus que Tlnde vit éclore. (Car Hermès a conquis les Vaches de T Aurore Et l'écume, ô Laçkmi, de l'océan lacté Mouille encore les seins neigeux d'Aphrodite;) IVi toi-même qui fus doux comme la tendresse Des femmes, et, voyant l'homme errer en détresse Du Baal ammonite au Sabaoth hébreu, Pleuras, Emmanuel, de ne pas être Dieu! M tous les immortels, Dévas, Démons, Génies, Que tu bénis ou crains, que tu crois ou renies. Esprit humain, chercheur de l'éternelle loi, X'ont pu combler les vœux éperdus de la foi, Et la splendeur du vide emplit les cieux terribles î

Pourtant; fausses lueurs dans le lointain des bi]»i<'s. Hôtes des bleus Çwargas et des Ciels radieux, A'ous qui n'existez pas, anciens ou nouveaux dieux Pour qui l'aube se lève ou que le couchant dore, Forces ! Gloires! Beautés ! Rêves ! je vous adore

Page 1