A UN PASSANT
Voyageur nouveau dont le pas Dédaigne la route tracée, Courbe l'orgueil de ta pensée; Humble, marche, et ne rêve pas.
Au poteau du carrefour sombre Un doigt te prescrit ton chemin; Résiste aux signes qu'une main Dangereuse te fait dans l'ombre.
Quiconque, traître à son devoir.
Hésite en Tétape ordonnée.
Après une triste journée Verra monter un triste soir.
Non loin des mares incertaines Des spectres froissent les roseaux.
Il frissonnera dans ses os Sous un vent de bouches lointaine?
II dira : « Je touche au tombeau !
Et dans le noir vent qui le frôle Sentira choir sur son épaule L'épouvante, horrible corbeau !
Toi donc, suis l'éternelle route Sans céder au rêve trompeur, Et sois préservé de la Peur, Cette punition du Doute.
SOIRS MOROSES. 20:i
SPLEEN DÉTE
L'orageux crépuscule oppresse au loin la mer Et les noirs sapins. L'oml)re, hélas î revient toujour .\h ! je hais les désirs, les espoirs, les amours, Autant que les damnés peuvent haïr l'enfer.
uir je n'étais point né pour vivre : j'étais né Pour végéter, pareil à la mousse ou pareil Aux reptiles, et pour me gorger de soleil Sur un roc d'un midi sans trêve calciné.
Aux plantes contigu, A'oisin de Tanimal, Famélique sans crainte et repu sans remord, Je n'aurais pas connu ce que c'est que la mort; Mais je vis î et je sais qu'il est un jour fatal.
Le soir qui m'avertit, lugubre et solennel, Que d'un soleil éteint le temps est plus âgé, Accable abondamment mon cœur découragé Du dégoût d'un bonheur qui n'est pas éternel
0 pins î comme la nuit fonce vos mornes deuils ! La cigale avec ses grêles cris obsédants Fait le bruit d'une scie aux innombrables dents Dans l'arbre détesté dont on fait les cercueils.