‹ Poésies (volume 2)Chapitre 7 sur 73 · RENDEZ-VOUS POSTHUME · texte numérisé non relu

RENDEZ-VOUS POSTHUME

Lorsque nous serons morts, bientôt, lorsque nos mère^

Jeunes hélas ! auront détesté les chimères

Qui poussent les enfants de vingt ans au tombeau,

Par un soir de janvier, pâle et glacé, mais beau,

Où la Lune comme un froid linceul semble suivre

Les ondulations des murs blêmes de givre,

Si deux amants furtifs passent, minuit sonné,

Devant ta maison vide et son jardin fané,

Us verront sur le front mat et clair des murailles

Deux spectres que blanchit le drap des funérailles,

Très pâles, s'enlacer, comme les amants font. En un baiser tenace, extatique, profond, Puis, s'effarant aux bruits sinistres des nuitées (Telles deux branches d'if ou de saule écartées Par les souffles), se fuir l'un l'autre, et cependant Que, seul et dans sa marche à dessein s'attardant, L'un d'eux, oh! le plus pâle, hélas ! et le plus morne. Regagnera l'horreur des ténèbres sans borne, L'autre, le tien, le long des murs, glisser soudain Vers la petite porte obscure du jardin...

PÎIILOMKLA,

LE MATLX

La tenture s'est décrochée Et l'on voit au fond du boudoir Une femme, tète penchée Sur un coussin de satin noir.

Elle agite un lambeau fantasc|ue.

Écharpe folle de houri ; A ses pieds un tambour de bascjue S'endort près d'un bouquet flétri.

PHILOMÉLA. 43

Sa gorge ferme, demi-nue,

Jaillit de ses voiles tombés,

La robe à peine retenue

Par la hanche aux contours bombés.

Son dos luxurieux se cambre; Sous le bras qui soutient son front On voit, avec des reflets d'ambre, Un sein bruni saillir en rond.

Sa main fme, à demi serrée, Relevant un coin du peignoir, Découvre sa jambe nacrée.

Ronde et blanche sur un fond noir

Tandis c|u*une tète plus sombre, Lèvre épaisse aux plis tortueux.

Planant sur elle, éclaire l'ombre De sourires voluptueux.

il PHILOMELA.

Mais déjà, blanchissant l'alcôve Des feux de son premier rayon, Le soleil montrait son œil fauve

A la vitre de l'horizon.

Et les pins, branches remuées.

Là-bas, sous les cieux entr'ouverts, Balayaient au loin les nuées Du bout de leurs panaches verts.

FULYIA

Les filles que l'on aime et les chevaux qu'on crève Étaient ses passe-temps, le double dévidoir De sa vie, et l'Éden qu'il poursuivait en rêve Eut deux compartiments : écurie et boudoir !

Mais son arabe à la crinière ébourilïée,

Son anglais au poil lisse, au robuste poitrail,

Il aurait tout donné pour sa belle coiffée

D'or luisant, comme sont les saintes d'un vitrail !

46 PII I LOME LA.

Car, dès l'adolescence, ayant, en mainte affaire,

Humanité fangeuse, appris ce que tu vaux.

Il était coutumier de dire : Je préfère

Aux hommes le cheval, mais la femme aux chevaux.

Et plus que toute femnip. il aima la marquise De Z... Il n'put pas tort, et plus d"un Tenvia; Car vous ne saviez point quelle femelle exquise Fut cette rousse enfant qu'on nommait Fulvia !

Elle avait l'indolence aux séduisants manèges,

L"œil cave et noir d"où sort l'éclair des chauds courroux.

Et comme des rayons de soleil sur les neiges

Le Jong de son corps blanc tombaient ses cheveux roux.

Ses lèvres exhalaient le frais parfum des menthes, Son chant faisait pâmer, la nuit, les rossignols, Et, beauté qui me fharmp entre les plus charmantes, Des mains d'Italienne et des pieds espagnols!

IMIILOMELA.

Si bien que Fiilviu devant la sédiictrie'' Soupirait à mi-vuix. de Ijonheur alangui : <i Ah! laisse-moi baiser, tant que je les meurtrisse, Ta main de Camargo, ton pied d'Amaëgui î ■

Aima mia î " disait la belle aux seins d'ivoire. Et son Oîil que prolonge une ligne de k'iiul Rayonnait sous les cils cumme une agate noire, Et ses veines battaient suus la peau de son col !

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