‹ Poésies (volume 4)Chapitre 139 sur 171 · ELLE SEULE · texte numérisé non relu

ELLE SEULE

J'ai vu fleurir le sourire D'une lèvre en mai !

Je ne mourrai pas sans dire Que je fus aimé.

Que l'œil en pleurs d'une vierge,

Détourné du ciel, A lui sur moi comme un cierge

Qui s'écoule en miel,

Intermède.

Qii'une odeur de clématite Me suit en chemin,

Pour avoir touché, petite Et pâle, sa main.

Que j'ai connu, par la grâce De sa bouche en fleur.

Une ivresse qui terrasse Comme une douleur.

Et qu'au fond du minuit sombre Où j'eus peur souvent,

Demandant le jour à l'ombre Et ma route au vent,

Enfin j'ai baisé l'aurore Sur un front doré,

Après l'avoir dit encore.

Je le redirai !

La juvénile chimère

D'un renom lointain

S'envole dès le brumaire De notre destin.

liiterutèdc

Puisque, tous, l'ennui nous parque

Dans son vil giron, A quoi sert d'être Pétrarque,

Gœthe ou Caldéron ?

Votre fierté s'habitue,

Dante, et vous, Bembo,

A l'espoir d'une statue Sur votre tombeau.

Elle vous laisse, la Gloire, Ce qu'il reste encor

De soif à qui vient de boire De l'air dans de l'or;

Et vous faites peu d'estime, Vieux convives las.

De cette coupe sublime QjLii ne grise pas !

Même les belles musiques Aux sons tout-puissants,

Qui domient, hyperphysiques^ Une âme à nos sens.

Inlcrnicde. ji

Et mcnie les vers augustes, Purs et triomphants

Comme des râles de justes Et des voix d'cnfiints.

Si tiers que, dans les batailles,

O vaincus d'hier !

Le clairon des représailles

Jette un cri moins lier,

Si doux que sous les charmilles,

Les futurs tpoux, Jeunes hommes, jeunes filles,

Ont des pleurs moins doux.

Évoquent en vain les flammes Des jours révolus.

Dans les cendres de nos âmes Où rien ne luit plus !

Mais une exquise lumière, O ma seule amour !

En glissant de ta paupière Fait partout le jour.

IlllcTIllède.

Si tu dis une parole,

Mon cœur, triste et vieux.

Est plus gai que la corolle

Des œillets joyeux !

Ta voix est le chant d'un ange

Sur terre proscrit.

Et me met, délice étrange,

Du ciel dans Tesprit !

Qiie me parle-t-on des gloires' Qu'ils gardent pour eux

Les travaux et les victoires !

Je suis amoureux.

Après les instants funèbres Des derniers adieux,

Où l'homme a peur des ténèbres Et doute des dieux.

Sur ma tombe où les couleuvres Mêleront leurs nœuds.

Au lieu du vain nom des œuvres Qiie le temps haineux

Intermède. 73

Abolit, souille, ou déforme^ Gravez seulement,

Afin qu'à jamais je dorme Un rêve charmant.

Gravez le cher nom de celle Qui m'aima, le nom

De l'enfant qui, chaste et belle.

Ne m'a pas dit non !

Rondels pour Elles

Combien aussi de rêves roses

Se flétriront?

Renaîtront-ils, lorsque les roses

Refleuriront ?

jAcauES Madeleine.

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