ARIANE
Azur, neige, cinabre !
Splendeur et pur dessin
Du sein Dont la pointe se cabre !
Fureurs de l'astre ! essor Rouge dans la nuit noire;
O gloire Des chevelures d'or !
14 Pbiloinéla.
Aube immense des pôles!
Baiser torrentiel
Du ciel Sur les belles épaules !
Vague dispersion Des célestes fumées
Pâmées Dans les bras d'ixion !
Candeur des citronnelles !
Mânes des lys défunts !
Parfums Des lampes éternelles !
Rhythme pompeux du v:rs !
Blanches apothéoses
Des choses Dans les soleils ouverts !
Déchirement des voiles, Et tout ce que l'orgueil
De l'œil Cherche dans les étoiles,-
Phihmèh .
Les Dieux l'ont amassé Dans les bras d'Ariane,
Liane Où je suis enlacé!
Ariane, farouche Habitante des bois,
Je bois Les baumes de ta bouche !
C'est toi qui me conduis A travers l'épouvante
Vivante Des forêts et des nuits!
Les bêtes, dans nos courses^ Te suivent par convois ;
Ta voix Charme le cœur des ourses !
Les chats-tigres félons Baisent avec délices
Les lisses Rougeurs de tes talons !
i6 Philoiiiêla.
Tu courbes la panthère A subir comme moi
La loi Divine d'un mystère !
O reine enfant ! tu peux Interrompre d'un geste
La sieste Des grands lions pompeux
Et, caprices énormes, Rougir leur vaste flanc
Du sang Des mûres ou des cormes,
Et mêler à foison
Leur crinière moins blonde
A l'onde Folle de ta toison,
Et bientôt sur les lierres T'assoupir à demi
Parmi Leurs troupes f-tmilières,
Philoméla. i/
Cependant que le feu De ta lèvre m'abreuve,
O veuve Adorable d'un Dieu !
Mais, enfant, puisque Tombre Des grands ravins te plaît,
Il est Une forêt plus sombre.
Ta nuque où Tastre luit N'a pas d'or sous le pe'gne
Qui teigne D'aurore cette nuit !
Solitudes funèbres Que roule vers l'enfer
La mer Houleuse des ténèbres !
Là, jamais le sanglant Éclair de l'escarboucle
Qui boucle Ta ceinture à ton flanc.
Philomchu
Ni ton regard qui creuse, Comme un soleil, des trous
D'or roux Dans la nuit ténébreuse,
Ni tes lèvres en fleurs Ne pourraient foire luire
Le rire Éclatant des couleurs !
C'est l'énorme broussaille Et l'antre et le ravin
Qii'en vain L'aube candide assaille.
C'est le gouffre vainqueur Du ciel et le désastre
De l'astre.
C'est mon cœur ! c'est mon cœur !
O détestable gîte
De monstres ! lotigs abois
Du bois Qu'un souffle impur agite !
Philonii'Ja. 19
Dans les repaires noirs Où leur venin s'égoutte,
J'écoute Ramper mes désespoirs !
Mes remords, bêtes mornes, Passent en défiiillant,
Fouillant Leurs ventres de leurs cornes,
Et des singes poltrons A la paupière bleue
La queue S'enlace autour des troncs !
Amoureuse des roses Et des œillets naissants,
Descends Dans mon cœur, si tu l'oses,
Dans mon cœur dévasté, O. vivante statue
Vêtue De ta seule beauté !
Pbiloméla.
Sois l'amour ! sois l'aurore !
Perce, rayon d'azur,
Le mur De la nuit incolore !
Que sur l'ombre l'amour Éperdu se déploie
Et noie La haine dans le jour !
Et les monstres infâmes Sentiront, sous tes yeux,
En eux Des éclosions d'âmes !
Et, pareille au chasseur Qui rapporte avec joie
Sa proie, Ariane, ma sœur.
Des gouffres infertiles Quand tu remonteras,
Les bras Enlacés de reptiles,
PbiloDh'la.
La troupe des amants Chantera sur l'ivoire
La gloire Des sourires charmants,
Et, reine aux belles poses, On te verra, le soir,
T'asscoir Dans les apothéoses !
Tandis que, triomphant, Je baiserai tes roses
Décloses, O délicate enfant
Dont le rire m'accueille, La nuit, dans les massifs
Lasciis D'orne et de chèvrefeuille !