L'ENNEMIE
O toi ma vie, ô toi mes cieux, Je hais ton front, je hais ta lèvre Et tes yeux qui donnent la fièvre Comme des lacs pernicieux.
Je maudis mon âme asservie Dans tes profonds cheveux de jais, Et, tout entière, je te hais, O toi mes cieux, ô toi ma vie !
Philomcla.
Mais non, je mens, tu le sais bien Mon être a dans toi ses racines, Et vainement tu l'assassines Et tu le damnes, il est tien.
J'aime ton front, tes yeux, ta joue, O mon enfer, ô mon trépas, Et tes cheveux qui ne sont pas De ces liens que l'on dénoue.
Le mal m'est doux, le joug m'est cher. Et jusqu'au jour du cimetière Je t'adorerai tout entière, O mon trépas, ô mon enfer!
(^^fyS)
MARMOREA
Savez-vous un pays où la fleur a des ailes ? Savez-vous un pays où l'aile a des parfums, Où les roses d'avril en place d'immortelle > Fleurissent le tombeau de nos amours défunts?
Où, sur les monts bombant l'échinc de la plaine, Le platane au tronc lisse et l'orme au pied moussu Cliquètent, pleins d'oiseaux, de chansons et d'haleine, Comme un grelot d'argent sur le dos d'un lossu?
Phihmèla .
Où le flot, dans un bain cie fluides étreintes, Des baigneuses, le soir, berce la nudité; Où le sable du bord conserve les empreintes Des enlacements nus pendant les nuits d'été ?
Là, parmi les buissons, rayonnante et sans voiles. Une apparition glisse comme un follet.
— Belle fille, statue, aux deux grands 3-eux, étoiles Qiie la Nuit laissa choir dans un ruisseau de lait,
Quel ciseleur de mots, quel sculpteur de pensées. Que Dieu pour travailler les durs métaux créa, Arrondira le vol des strophes cadencées Au moule de ton sein, blanche Marmorea?
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