APRÈS LA FIN
Triste d'avoir vécu, lasse d'avoir gravi L'âpre cime d'où l'œil hébété d'épouvante Contemple le néant du rêve poursuivi ;
Mais sereine d'avoir en austère servante Fait sa tâche ; attendant son salaire ; espérant Que la tombe n'est point fourbe ni décevante ;
56 Soirs moroses.
Quand elle eut laissé choir en un spasme mourant Son bras faible où Tessai d'un dernier geste avorte Et sa tête avec l'air d'un blessé qui se rend ;
Quand par sa bouche ouverte afin que l'âme sorte Le miroir ne fut plus d'aucun souffle terni; Quand un cierge brûla, quand ce fut une morte :
L'œil de la morte, l'œil déjà cave et jauni Pleura. Je vis pleurer cet œil. Telle une épée, Horrible, suinte encore après le duel fini.
O paupière par l'ombre éternelle occupée, Quelle angoisse pleurait ta larme? Nul n'a su Si c'était quelque ancienne espérance trompée,
Morte efifrayante ! ou ton suprême espoir déçu.