‹ Poésies (volume 4)Chapitre 74 sur 171 · MÉLANCOLIE D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE D'ÉTÉ

Comme un rameau trop lourd s'incline, Penche-toi, cœur endolori.

Vers le cimetière fleuri Qui rit sur la claire colline.

Tente chère au bédouin brûlé; Fraîches haltes près des citernes ; Bonne auberge dont les lanternes Font signe au marcheur consolé ;

6o Soirs moroses.

Lit des courtisanes sans fièvre, Où tout s'éteint, sauf le remords ; Bouges qu'encombrent, ivre-morts, Les buveurs d'ale et de genièvre ;

Grave alcôve aux rideaux amis, Où plane sur l'hymen paisible Ce doux bruit d'abeille invisible.

Qui sort des berceaux endormis;

A l'angoisse aiguë, au malaise.

Vous n'oflfrez qu'un répit trop bref L'homme revit, quand derechef Se lève, hélas! l'aube mauvaise.

Mais sur l'oreiller que nous font Les espoirs morts, les craintes mortes.

Dans la basse chambre sans portes.

Le repos est long et profond.

Lieu béni des sommeils fidèles,

Où nul n'a peur d'être éveillé,

Le cimetière ensoleillé

Est plein de fleurs, de brise, et d'ailes.

Soirs moroses. 6i

La croix dorée où meurt le Fils Luit comme en des apothéoses, Et, blanches, au milieu des roses, Les stèles semblent de grands lys.

Et moi, du bord de l'âpre voie, J'envie, en mon cœur douloureux.

Le sourire des morts heureux, Diffus dans toute cette joie !

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