LE DISCIPLE
Le Bouddha rêve, ayant dans ses mains ses orteils.
Pourna dit : « Les esprits affranchis sont pareils Au Hbre vent du nord dans le ciel sans nuage ! Grimpant aux rocs, passant les fleuves à la nage, Aux peuples très lointains des bords très reculés, Pour qu'ils soient délivrés et qu'il soient consolés. Maître, j'apporterai ton dogme secourable.
— Si CCS peuples, répond le Bouddha vénérable,
Contes épiciues
T'outragent, ô disciple aimé, que diras-tu ?
— Ces peuples sont doués, dirai-je, de vertu, Car ils n'ont point jeté de sable à mes paupières,
Et, doux^ ne m'ont frappé ni des mains, ni de pierres.
— Mais s'ils t'osent frapper de pierres ou des mains?
— Ces peuples sont très bons, dirai-je, et très humains, Car leurs mains à lancer des pierres occupées
N'ont point levé sur moi de bâtons ni d'épées.
— Mais si leur fer t'atteint?
— Je dirai : Qu'ils sont doux De frapper sans me faire expirer sous les coups !
— Mais situ meurs?
— Heureux ceux qui cessent de vivre !
— C'est bien, dit le Bouddha. Va, console, et délivre. »
PENTHESILÉE
%eiiie des iAma^
La reine au cœur viril a quitté les cieux froids De la Scvthie.
Avec ses sœurs vierges comme elle, Elle gagne la plaine où la bataille mêle Les courages sanglants et les blêmes effrois. Qii'une autre en son logis file les lentes laines ! Elle, un désir la mord, indocile aux retards. De vaincre le plus fort, le plus beau des Hellènes,
C ON' TES ÉPI au ES
Achille ! Et son cheval bondit, les crins épars,
Et l'emporte vers la mêlée,
Et le cri de Penthésilée S'ajoute au bruit montant des armes et des chars !
« Achille ! Achille ! Achille ! ô héros ! voici l'heure Où ton sang coulera comme un ruisseau vermeil ! Tout plein d'un songe horrible, et fuyant le sommeil, Ton père aux cheveux gris hurle dans sa demeure !
Tu fus comme un lion dans une bergerie ; Tu fus comme un vent noir dans un bois de roseaux ; Que de rois, ô guerrier ! mangés par les oiseaux Sur un sol qui n'est pas celui de la patrie !
Les festins te plaisaient après les chocs d'épées ; Tu domptais, jeune dieu ! les cœurs de vierge aussi Quand sur tes bras charmants, noirs d'un sang épaissi, Roulaient les boucles d'or de ton casque échappées !
Mais frémis à ton tour ! Le glaive enfin se dresse Qui percera ton sein comme un sein d'enfant nu ; Car l'amazone vient qui n'a jamais connu La peur ni la tendresse ! »
34 Contes épiq.ues
Telle, en sa course, hélas ! qui n'eut point de retour, Par-dessus les fracas criait la vierge fière ! Elle ne savait pas qu'avant la fin du jour, Mourante, elle mordait la sanglante poussière. En jetant au vainqueur beau comme une guerrière Un regard moins chargé de haine que d'amour !