‹ PoésiesChapitre 103 sur 177 · A BOULANGER · texte numérisé non relu

A BOULANGER

Ami, ton dire est vrai; les peintres, dont l'honneur Luit en tableaux sans nombre aux vieilles galeries, S'occupaient assez peu des hautes théories, Et savaient mal de l'art le côté raisonneur;

Mais, comme dans son champ dès l'aube un moissonneur, En loyaux ouvriers, sur leurs toiles chéries Ils travaillaient penchés, seuls et sans rêveries, Pour satisfaire à temps leur maître et leur seigneur.

Nous donc aussi, laissant notre âge et ses querelles, Et tant d'opinions s'accommoder entre elles, Cloitrons-nous en notre œuvre et n'en sortons pour rien,

Afin que le Seigneur, notre invisible maître, Venu sans qu'on l'attende et se faisant connaître, Trouve tout à bon -terme et nous dise : C'est bien.

Octobre 18-29.

SONNET

A Francfort-sur-le-Mein Ton entre, et Ton s'étonne De ne voir qu'élégance, éclat, faste emprunté ; 0 Francfort, qu'as-tu fait de ta vieille beauté? Marraine des Césars, où donc est ta couronne?

Mais plus loin, a travers l'or faux qui t'environne, Ton église sans flèche, au cœur de la cité, Monte, comme un vaisseau par les vents démâté; Et sa tête est chenue ; et comme une lionne

Qui, des ardents chasseurs repoussant les assauts, Tient contre elle serrés ses jeunes lionceaux, La tour tient à ses pieds toutes les vieilles rues,

Et sur son sein les presse, et, debout, les défend ; Et cependant le Siècle, immense et triomphant, Déborde et couvre tout de ses ondes accrues.

Octobre 1829.

SONNET

Votre génie est grand, Ami; votre penser

Monte, comme Elisée, au char vivant d'Élie ;

Nous sommes devant vous comme un roseau qui plie .

Votre souffle en passant pourrait nous renverser.

Mais vous prenez bien garde, Ami, de nous blesser; Noble et tendre, jamais votre amitié n'oublie Qu'un rien froisse souvent les cœurs et les délie ; Votre main sait chercher la nôtre et la presser.

Comme un guerrier de fer, un vaillant homme d'armes, S'il rencontre, gisant, un nourrisson en larmes, Il le met dans son casque et le porte en chemin,

Et de son gantelet le touche avec caresses : La nourrice serait moins habile aux tendresses ; La mère n'aurait pas une si douce main.

Octobre 1829.

SONNET

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