A M. ANTOINE DE LATOUR
Demande-moi plutôt, ù poêle sincère,
Dans ta comparaison de notre vanité
Avec la vertu simple et la fidélité
De ces cœurs qui cherchaient le seul bien nécessaire,
Demande-moi plutôt, en touchant ma misère, Si j'aurai rien pris d'eux pour l'avoir raconté, Si le signe fatal, en ce siècle vanté, N'est pas autour des saints cette étude trop chère,
Le plus stérile emploi s'il n'est le plus fécond, Le plus mortel au cœur s'il ne le change au fond : Regarder dans la foi comme au plus vain mirage ;
Se prendre à la ruine, et toujours repasser, Comme aux bords d'une Athène, à l'éternel rivage: Toucher toujours l'autel sans jamais l'embrasser!
SONNET
A HARHIER
Le vieux Slave est tout cœur, ouvert, hospitalier, Accueillant l'étranger comme aux jours de la fable,
Lui servant l'abondance et le sourire affable, Et même, s'il s'absente, il craint de l'oublier :
11 garnit, en partant, son bahut de noyer:
La jatte de lait pur et le miel délectable,
Près du seuil sans verrous, attendent sur la table,
Et le pain reste cuit aux cendres du loyer.
Soin touchant! doux génie ! ainsi fait le Poêle :
Son beau fruit le plus mûr, sa fleur la plus discrète,
11 l'abandonne à tous ; il ouvre ses vergers.
Et souvent, lorsqu'ainsi vous savourez son âme, Lorsqu'au foyer pieux vous retrouvez sa flamme, Lui-même il est parti vers les lieux étrangers !
SONNET
IMITÉ DE F, U C R E l; T
Et moi je fus aussi pasteur en Arcadie ; J'y fus ou j'y dois être, et c'est là mon berceau. Mais l'exil m'en arrache : à l'arbuste, au roseau Je vais redemandant flûtes et mélodie.
Où donc est mon vallon? Partout je le mendie. Une femme aux doux yeux qui montait le coteau : « Suis-moi, dit-elle, allons à ton vallon si beau. » Je crois; elle m'entraîne et fuit : ô perfidie !
Une autre femme vient et me dit à son loin : « Celle qui t'a trompé, c'est Promesse d'amour; Moi je suis Poésie, et n'ai point de mensonge.
Dans ta chère Arcadie, au delà du réel.
Je te puis emporter, et sur un arc-en-ciel,
Mais d'esprit seulement.— Vois s'il surfit du songe? »
SONNET
IMITE DE DOWLES
Comme, après une nuit de veille bien cruelle. Un malade en langueur, affaibli d'un long mal, Que n'a pas réjoui le doux chant matinal Et sa vitre égayée où frappe l'hirondelle,
Se lève enfin, et seul, où le rayon l'appelle, Se trahie : il voit le ciel, l'éclat oriental, Les gazons rafraîchis et d'un vert plus égal, Les coteaux mi-voilés dans leur pente plus belle ;
Quelque blancheur de nue argenté l'horizon; Tout près, distinctement, il écoute au buisson, Ou suit nonchalamment les bruits de la fontaine;
Et son front se ressuie, et son âme est sereine : Ainsi, douce Espérance, après l'âpre saison Tout mon cœur refleurit : j'ai senti ton haleine!
SONNET