‹ PoésiesChapitre 164 sur 177 · A M. LE COMTE MOLE · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE MOLE

LE TOMBEAU DE DELILLE l\)

Sur ce brillant tombeau qui connut de beaux jours. Où pleuvait l'immortelle, où riait la verdure, Que l'admiration berçait de son murmure, Qu'un long soleil de gloire embrassa dans son cours,

Le temps vient; tout succède, et les neveux sont sourds. Seule, une vieille sœur, qui ne sait pas l'injure, Croit au poète mort : pour offrande et parure Plus de fleurs que le peu qu'elle apporte toujours !

Mais l'hiver,... mais si pauvre,... bêlas! reviendra-t-elle? Tu l'as su : dès demain, sur le marbre fidèle, (Bienfait tout embelli qu'enchante un noble égard ! )

Elle trouve, en changeant la couronne fanée,

La bûche du foyer, le pain de la journée,

La goutte d'un vin pur, cher au cœur du vieillard '

(1) Le moment est venu, peut-être, d'indiquer ce que ce sonnet dit beaucoup trop obscurément, c'est qu'il fut adressé à l'illustre Président du 15 avril, pour le remercier d'un bienfait le plus délicatement accordé par lui, sur notre simple information, à la belle-sœur du célèbre poète.

SONNET

La jeunesse est passée : un autre âge s'avance ; J'en ai senti déjà les signes sérieux, L'instant est solennel : fuyons loin de ces lieux ! L'Amour qui m'a laissé ne m'en fait plus défense.

Partons : dans le détroit où mon esquif se lance, 11 convient d'être seul pour de mornes adieux, La main au gouvernail, l'oeil au profond des cienx. Le cœur ouvert et haut, pour tout voir en silence.

Des rivages aimés les derniers sont venus ;

Ils passent; c'est l'entrée aux grands ilôts inconnus.

A de tels horizons il est temps de se faire.

Naples, Rome, en passant à peine je vous vois; Mais, vous entrevoyant, que mes pleurs quelquefois roulent plus adoucis sur nia ride sévère!

SUR LA SAONE,

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