REMORDS POSTHUME
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, Au fond d'un monument construit en marbre noir, Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir, Empêchera ton cœur de battre et de vouloir, Et tes pieds de courir leur course aventureuse,
Le tombeau, confident de mon rêve infini (Car le tombeau toujours comprendra le poëte), Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,
Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite, De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? » — Et le ver rongera ta peau comme un remords.
FLEURS DU MAL
XXYIV LE CHAT
Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux; Retiens les griffes de ta patte, Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux, Mêlés de métal et d'agate.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique, Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête, Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusques à la tête, Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.