HORREUR SYMPATHIQUE
DE ce ciel bizarre et livide, Tourmenté comme ton destin, Quels pensers dans ton âme vide Descendent? Réponds, libertin.
— Insatiablement avide De l'obscur et de l'incertain, Je ne geindrai pas comme Ovide Chassé du paradis latin.
Cieux déchirés comme des grèves, En vous se mire mon orgueil; Vos vastes nuages en deuil
Sont les corbillards de mes rêves,
Et vos lueurs sont le reflet
De l'Enfer où mon cœur se plaît.
FLEURS DU MAL
L'HEAUTONTIMOROUMENOS
JE te frapperai sans colère Et sans haine, comme un boucher, Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,
Pour abreuver mon Sahara, Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d'espérance Sur tes pleurs salés nagera
Comme un vaisseau qui prend le large, Et dans mon cœur qu'ils soûleront Tes chers sanglots retentiront Comme un tambour qui bat la charge!
Ne suis-je pas un faux accord Dans la divine symphonie, Grâce à la vorace Ironie Qui me secoue et qui me mord ?
Elle est dans ma voix, la criarde !
C'est tout mon sang, ce poison noir!
Je suis le sinistre miroir Où la mégère se regarde.
Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue, Et la victime et le bourreau !
Je suis de mon cœur le vampire, — Un de ces grands abandonnés Au rire éternel condamnés, Et qui ne peuvent plus sourire !
FLEURS DU MAL