QUERELLE
A PROPOS DE LA LEÇON D'iNCONDUITE
Juillet 1848.
Rose, pas encor dans la confidence,
Me voit sur brouillon professant la danse,
Rougit, m'interpelle et sort de ses gonds :
« Que dirait monsieur de mon impudence,
Si je débauchais de jolis dragons
Pour leur enseigner à plaire en cadence?
— Rose, je prendrais mes plus méchants yeux Et pour t'étrangler un lacet soyeux.
— Moi qui suis trop faible et surtout trop bonne , Plus modestement je vous abandonne;
Je pars : les chevaux vont comme le vent, J'arrive à Qu'imper déguisée en nonne.
Le dépit me jette au fond d'un couvent;
Si j'y meurs d'ennui, que Dieu vous pardonne!
— Sœur Rose, j'accours en frère portier; Je veux, sous le froc, garder le moustier.
— Je vous reconnais, moine ridicule.
Je dis votre histoire à l'abbesse Ursule; Et, comme on prévoit vos ruses d'enfer, Je ferme à trois tours, le soir, ma cellule, Pour dormir, sans vous, sur mon lit de fer. Vous n'entrerez pas, fussiez-vous Hercule.
— Nonnette, il est tard, la lampe pâlit, Vite, couche-toi, j'attends sous le lit.
■ — Ne m'approchez pas, je veux rester sage. Sur un médaillon j'ai dans mon corsage Le grand saint Michel, patron de mes voeux. Abstenez-vous donc d'un nocturne outrage, Ou je me cramponne api es vos cheveux Et, Michel aidant, je vous dévisage.
— Dans l'obscurité sens-tu le grand Saint? Rose, c'est mon cœur qui bat sur ton sein. »
Inédit.