‹ Poésies (volume 2)Chapitre 14 sur 82 · QUERELLE · texte numérisé non relu

QUERELLE

A PROPOS DE LA LEÇON D'iNCONDUITE

Juillet 1848.

Rose, pas encor dans la confidence,

Me voit sur brouillon professant la danse,

Rougit, m'interpelle et sort de ses gonds :

« Que dirait monsieur de mon impudence,

Si je débauchais de jolis dragons

Pour leur enseigner à plaire en cadence?

— Rose, je prendrais mes plus méchants yeux Et pour t'étrangler un lacet soyeux.

— Moi qui suis trop faible et surtout trop bonne , Plus modestement je vous abandonne;

Je pars : les chevaux vont comme le vent, J'arrive à Qu'imper déguisée en nonne.

Le dépit me jette au fond d'un couvent;

Si j'y meurs d'ennui, que Dieu vous pardonne!

— Sœur Rose, j'accours en frère portier; Je veux, sous le froc, garder le moustier.

— Je vous reconnais, moine ridicule.

Je dis votre histoire à l'abbesse Ursule; Et, comme on prévoit vos ruses d'enfer, Je ferme à trois tours, le soir, ma cellule, Pour dormir, sans vous, sur mon lit de fer. Vous n'entrerez pas, fussiez-vous Hercule.

— Nonnette, il est tard, la lampe pâlit, Vite, couche-toi, j'attends sous le lit.

■ — Ne m'approchez pas, je veux rester sage. Sur un médaillon j'ai dans mon corsage Le grand saint Michel, patron de mes voeux. Abstenez-vous donc d'un nocturne outrage, Ou je me cramponne api es vos cheveux Et, Michel aidant, je vous dévisage.

— Dans l'obscurité sens-tu le grand Saint? Rose, c'est mon cœur qui bat sur ton sein. »

Inédit.

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