BAIN DE MER
Sur ce rivage au sable lisse
Le bain d'hier fut un délice;
L'Océan n'était plus amer.
Dans les eaux d'une jeune blonde,
Comme un triton, j'aimais sous l'onde,
Et comme à Paris, à la mer.
Je disais devant chaque lame :
« Que m'apportez-vous de la dame,
Vous si retorse en vos larcins? »
Et, sur mon cœur pressant les vagues,
Je mêlais mes étreintes vagues
A leurs frissons pris sur des seins.
ELEGANCES
L'élément qui partout pénètre M'inondait d'un secret bien-être; J'y trouvais l'humaine chaleur, L'odeur aussi qu'une coquette Conserve exprès de sa toilette Et que ravit le flot voleur.
J'aurais voulu sous la nuit close Prolonger ce bain à la rose.
Quand la baigneuse en eut assez.
Suivant ses courbes vers la plage Je pressais encore à la nage Les sillons qu'elle avait tracés.
Que j'ai changé d'un jour à l'autre !
A mes pieds l'Océan se vautre Lascif et câlin comme hier.
Le sable est doux, l'air est sans brise; Mais, ce matin, je les méprise :
Pour me baigner je suis trop fier.
C'est que la nuit me fut heureuse; Sur son lit de plume amoureuse,
Dans le blanc roulis de ses draps, — D'y penser je brûle et frissonne, — J'ai senti la blonde personne S'abandonner entre mes bras.
Je suis couvert de ma maîtresse.
J'ai la chaleur de son ivresse, J'ai les parfums de son toucher; Mon être entier porte ses traces :
a Je ne veux plus que tu m'embrasses, Mer, garde-toi de m'approcher! »