‹ Poésies (volume 2)Chapitre 5 sur 82 · ROSE ROSETTE · texte numérisé non relu

ROSE ROSETTE

Nous cueillons au bois la noisette Rose en amasse un gros butin; Et puis, la gentille Rosette Veut les manger dans un festin.

Trouvons donc une hôtellerie Se cachant sous les chèvrefeuils,

Où croquer noire chatterie, Comme une paire d'écureuils.

Un Cupidon, lors de service Dans les taillis du Vésinet, Aperçoit la Rose novice.

Et vient m'orîrir un cabinet.

ELEGANCES

Il écarte une vigne vierge ; Nous entrons dans un demi-jour :

Quel faune a bâti cette auberge Pour les dînettes de l'amour?

L'enfant est nu, selon l'antique.

Rose, rouge, a baissé les yeux; J'ai dû prier ce domestique De servir en habits moins vieux.

Il prend, ma foi, fort bien la chose : Vite il s'ajuste un tablier, Mais avec la cape de Rose, — Peut-on être aussi familier!

Déjà Rosette ouvre une amande.

Le fripon, qui m'a reconnu, Me montrant du doigt la gourmande, Dit tout bas : « Voyez le menu;

« Voici le pain blanc de ma huche, De ma crème le dessus blond, Le miel embaumé de ma ruche Et de mes pêchers le fruit rond.

ELEGANCES 19

« Maintenant, monseigneur, à table ! »

Et preste! le garçon sortit.

Ce garçonnet plus que traitable M'avait donné de l'appétit.

Rose m'offrait de sa noisette; J'étais sur l'herbe à son côté ; J'allais goûter avec Rosette...

Et de Rosette j'ai goûté.

Elle est fâchée; il faut bien l'être.

A petits coups je suis battu; Punira-t-on le petit traître Qui donne à croquer la vertu?

Rosette, en reprenant sa cape, Appela le dieu : « Polisson ! »

Mais il reçut, au lieu de tape , Une œillade pour le garçon.

Août 1846.

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