ESCAPADE
Soyons grave à présent :
Plus de doux, de plaisant ; Allons droit au sévère.
Je pars. — Touriste austère, J'arrive à Gavarni.
J'ai soif : que boire ici ?
L'eau rude de montagne Ou l'âpre vin d'Espagne?...
O fadeur! un goujat M'a servi de l'orgeat. — Je grimpe avec ma pique Dans le désordre épique Des torrents, des rochers, o Sévère, vous trichez ;
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Votre grandeur m'amuse.
Ce sentier rôde et muse, Le torrent à court d'eau Se déguise en ruisseau, L'atroce précipice De rosiers se tapisse.
Vrai ! j'en suis écœuré. — Montons au Marboré :
« De grâce, horreurs sublimes, Rendez graves mes rimes. »
O guignons, mes guignons!
Deux pas de pieds mignons Sont marqués dans la neige ; J'ai chaud, — plaisant manège, J'en prends un dans mes doigts, Il fond, et je le bois; Mais peste de la dame!
« Montagnes, je réclame Contre vos jolis tours. » Ah ! si du moins un ours, Logé sous quelque roche, Sortait à mon approche!
Cas tragique, tant mieux ; Cherchons de tous mes yeux :
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Voyez quelle sottise !
Sur un piton , j'avise Des amants enlacés.. .
Vertubleu, c'est assez!
Restons ce que nous sommes :
Plaisant parmi les hommes, Auprès des femmes doux.
Je retourne à mes goûts :
« Grandeur pour moi stérile, Adieu! » — Vive ma ville!
Le voyage est fini.
Je cours chez Tortoni M'offrir un sorbet rose :
Mon Dieu, l'exquise chose!
Et les beaux boulevards'...
Avec mon stick je pars, Frotté d'eau de Cologne, Pour le bois de Boulogne.
Ah ! qu'ici je me plais !
« Bravo ! rochers, chalets, Butte où rien ne me leurre! »
Point d'ours, à la bonne heure !
— Vrai ! ce gros animal
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Dans un parc irait mal; — Mais des Parisiennes Au pas faisant des siennes Pour montrer, rien qu'un peu, Le pied, quel charmant jeu !
« Pas lutin de pied leste, Moi qui vous criais peste Sur le blanc Marboré, Je vous suis, attiré Jusque sous la Cascade. »
— « Que fait là mon malade? »
Demande le docteur
Entré chez le conteur.
Par-dessus mon épaule
Il lit — sans trouver drôle.
« Eh ! eh ! le vieux garçon
Voyage à la maison »,
Dit-il ; et de ma plume ,
Il écrit — pour un rhume : —
" Ni grave, ni plaisant,
Soyez sage à présent. »
Inédit.
VÉNUSTE
Toute amoureuse est une argile Qu'un amant façonne en sculpteur Et toujours l'empreinte virile, Décente ou brutale, assimile La Galatée à son auteur.
Pour rayonner en vos maîtresses, Poétisez la volupté ; Amants, raffinez vos ivre- Qu'à tressaillir sous vos caresses, La femme achève sa beauté.
Vénérez d'abord vos idoles :
Adorateurs respectueux.
Revêtez de chastes parole;
DERNIERES ELEGANCES
L'espérance aux nudités folles Et les désirs impétueux.
Levez lentement le scrupule Qui rougit devant Cupidon.
Priez d'une voix qui module; D'une main dont le geste ondule , Aidez le suprême abandon.
Agenouillés dans vos hommages, Tels après qu'avant la faveur, Offrez comme donnaient les Mages Qu'on voit sur les vieilles images Tendre des parfums au Sauveur.
Les amours vivent d'élégance :
Artistes soigneux, guidez-les Loin des modes d'extravagance Que la sottise et l'arrogance Obligent aux choix les plus laids.
Par vous de la sorte ennoblies Les dames sauront se garder.
La fierté vaut des panoplies :
DERNIERES ELEGANCES
Les amoureuses accomplies
Ont leur orgueil pour poignarder.
Et si vous daignez dans nos fêtes
Nous les montrer l'honneur au front;
Édifié sur vos conquêtes,
On devinera qui vous êtes :
Les honneurs vous en reviendront.
Mais que fait la ma poésie!
Nos galants de classe choisie S'énamourent comme un bétail; Dans le jargon des jeunes riches, Les demoiselles, ces pouliches, Ont une croupe et du poitrail.
Qu'ai-je à souffler les belles flammes ? Nos bacheliers courent les femmes Comme un ivrogne cherche un mur; Et dans l'argot de la bohème, Le sexe qu'il faut bien qu'on aime Porte le nom d'un vase impur.
224 DERNIERES ELEGANCES
Quand Paris sur la rive droite Se gaudit , la lorette adroite Prête en bête ses agréments; Quand Paris sur la rive gauche S'ébat, le tendron qu'il débauche Sert de sentine aux garnements.
Autrefois la vaillance humaine Sous les pieds d'Anadyomène Semait les roses pour pavés.
Toi, pousse aux égouts sa victoire; Traite Aphrodite en exutoire, Génération d'énervés!
Mais ces filles sont tes statues, Jeunesse, qui les prostitues; Rends-nous compte de leur laideur Chacune a passé par ton moule; C'est de tes œuvres que la foule Reçoit l'outrage à la pudeur.
Que diront les races futures Du siècle de ces créatures?
Car la chronique en causera :
Les lazzi flétriront les drôles
Qui dressaient la femme à ces rôles,
De la Chaumière à l'Opéra.
Moi qu'un dédain comme un fouet cingle, J'ai tiré du jeu mon épingle Et mis ma dame avec les dieux, Pour qu'auprès des futures races L'amour qui portera mes traces Me vaille un reflet glorieux.
Que maintenant le Réalisme Caricature mon lyrisme Sous les traits d'un berger transi!
« Bouvier que mon ode déride, Si je sens les vallons de Gnide, Tu sens le marché de Poissy! »