UNE BONNE FORTUNE
Des docteurs j'ai hanté l'école Sans mettre à profit leurs leçons; Je n'ai fait qu'un chercheur frivole De bluettes pour des chansons.
Sur mon chemin vienne une idée, Sujet galant, même un peu fou; Sous la gouverne d'Asmodée, Je la suis le diable sait où.
Froide d'abord, elle s'esquive; Tant mieux ! je flaire une primeur.
Plus la belle semble rétive, Plu entreprend l'osé rimcur.
D'un ton si pressant je l'aborde!
J'ai le propos si cavalier!
Mon vers lui plaît, l'art nous accorde. Et je deviens son chevalier.
J'emmène alors mon amourette Coqueter dans les champs voisins.
J'orne de fleurs sa collerette; Je la couronne de raisins.
Ou dans Paris je la câline Avec des fleurs, des fruits encor; Toutes roses en mousseline.
Toutes grappes en perles d'or.
Quand à rentrer la nuit m'engage, Comment quitter une chanson! Je l'introduis dans mon ménage A la manière d'un garçon.
Mais je retrouve une maîtresse Que mon bonsoir vient d'offenser.
Comprenez-vous ma maladresse?
Je scande au lieu de l'embrasser.
Moi, le matin, parti si tendre, Je suis de glace; elle, d'airain, M'appelle Monsieur; sans l'entendre, Je lui réponds par un quatrain.
Distrait pour l'heure où Ton se couche, — Fut-il jamais plus grand délit? — J'attire encore, et sur ma bouche, Dame rime dans notre lit.
Ma jalouse alors me querelle :
J'en aime une autre, assurément; Je suis faux, parjure, infidèle...
Elle me griffe en s'endormant.
Mais qu'au lever je la régale D'une chanson qui lui convient ; Rose pardonne à sa rivale, Et c'est elle qui la retient.