‹ Poésies (volume 3)Chapitre 102 sur 124 · IRONIES ?3 I · texte numérisé non relu

IRONIES ?3 I

La poésie alors fume la cigarette, Le sonnet fait rimer les propos de lorctte. L'ode va chez Mabille, et l'élégie en pleur Dans un estaminet débraille sa douleur.

— Quand je lis, par hasard, ces œuvres corruptrices, Rimeur osé pourtant, — n'est-ce pas, mes lectrices? — Je souffre à regarder, sous un camélia,

La muse qui pour plaire a bu du tafia.

Me croyant entrepris par une drôlesse ivre,

Outragé, je repousse incontinent le livre.

Où laver ma souillure? où chercher de belle eau?

Je prends l'Art poétique, et j'entre dans Boileau.

Est-il froid? c'est qu'ici l'onde reste à la source.

D'autres, libres ruisseaux, s'avivent par la course;

Lui, comme un fleuve en bronze assis pour s'accouder,

Epanche goutte à goutte et s'écoute scander;

Et tandis qu'au soleil serpente La Fontaine,

Sous une grotte à l'ombre il garde sa fontaine.

— Parfois ce bain m'attire; oui, j'aime m'y plonger. Mais ces ablutions ont aussi leur danger :

La nymphe de l'endroit couvre de stalactite Le goût qui trop longtemps savoure leur mérite; Car souvent l'eau de roche a l'étrange agrément D'enfermer les objets sous un encroûtement.

Qu'on lui laisse en panier les grappes d'une treille; Puis, qu'on arrive, un soir, reprendre la corbeille : Les raisins naturels d'un stuc sont revêtus. Tes ondes, ô Permesse, ignoraient ces vertus ! Despréaux les contient : sa source pétrifie; Elle empâte avec soin tout ce qu'on lui confie. Aussi, lorsque Chénier s'en vint trouver les Grecs, Il était temps; les vers sortaient de là fruits secs. — Mais veut-on aujourd'hui, par un excès plus triste , Changer la poésie en fruits de liquoriste? Ah ! plutôt donnez-nous vos raisins innocents, Vos produits encroûtés, école du bon sens!

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