‹ Poésies (volume 3)Chapitre 17 sur 124 · MON CAS · texte numérisé non relu

MON CAS

J'erre le long des murs, distrait, préoccupé, Songeur sous les bords noirs d'un grand feutre râpé. Un trouble évidemment m'opprime.

Le bourg s'émeut. Chacun rumine sur son seuil, Consulte les voisins, et, me suivant de l'oeil, A découvrir mon but s'escrime.

On se rassemble, a Oui-da! fait le bedeau, je crois Qu'il marmotte un Pater là-bas, devant la croix : Méfions-nous, c'est une frime.

— Il sent, dit le barbier, que vous l'examinez; Il grimace, il descend son chapeau sur son nez : J'ai compris, le malin se grime.

— Voulez-vous mon avis? répond l'instituteur ; Rôder de ce pas-là dénonce un malfaiteur :

Ce vagabond médite un crime.

— Non, réplique l'huissier, il l'a déjà commis; Les forçats évadés ont cet air : mes amis,

Livrons-le, nous aurons la prime. »

Vient la maréchaussée; on l'instruit de mon cas... J'erre, étranger toujours à ce plaisant tracas; Mais, derrière, la garde trime.

Tant qu'enfin, sur la place, un gendarme endurci M'arrête en s'écriant : « Que faites-vous ici? — Brigadier, je cherche une rime. »

Page 1