SCÈNE DE MŒURS
Ce Paris débauché m'irrite, O ville insensible à mes chants !
Je fuis où la pudeur s'abrite.
J'arrive à Port-Royal des Champs.
Je m'assieds sur un banc de mousse Vestige des chastes penseurs, Avec l'idée honnête et douce D'y retrouver leurs bonnes mœurs.
Mais le sort, qui partout s'amuse A turlupiner mes projets, Ose étaler devant ma muse Des frasques de mauvais sujets :
Je vois s'ébattre dans les ronces Deux mouches dont l'une, l'amant, De l'espèce, hélas ! des Alphonses, Mène sa dame indignement.
Las d'amour, mais resté sur elle A cheval pour l'éperonner, Il la monte en jument de selle Et part au vol se promener.
L'autre, attachée à ce vil rôle, Cherche après les plus jeunes fleurs, S'y pose, et régale le drôle De sirops de toutes couleurs.
Il a faim : sur une framboise, Vite, la belle offre un soupe Où ce goujat de Seine-et-Oise La traite comme un canapé.
Monsieur, repu, veut qu'on l'endorme Elle l'emporte en voletant, Et pour la sieste, sous un orme, Devient son lit; c'est révoltant.
Comprenez-vous? L'odieux être Se fait par elle entretenir.
Si telle est ta pudeur champêtre,
France, je plains ton avenir.
L'ÉVENTAILLISTE
On m'a fait passer, à ma gloire, Pour un peintre sur éventails; Tel ma lectrice a pu me croire Que j'amusais par les détails.
J'étends mes idylles bleuâtres Sur un vélin des plus douillets; Je produis des brises folâtres, Dès qu'on agite mes feuillets.
Quand la dame, en feignant de lire, Me parcourt à tort à travers, Suffit-il pas que le zéphire Sorte pour elle de mes vers?
Voilà comme au bal on s'évente Avec des Jeux sur parchemin, Et comment la beauté me vante Qui croit leur gouache de ma main.