RHYTHME BRISE
Suprême orgueil de l'homme, ô soif de l'Infini, Je puis te subir ; t'abreuver? nenni !
Mon esprit n'entre pas dans l'inintelligible : Qu'il s'enferme heureux dans le Beau tangible
Pour nombrer l'éternel, mesurer l'absolu, — Mes ans, mes calculs n'auraient rien valu.
Je plains vos longs discours, docte métaphysique; L'inconnu n'admet rien que la musique.
Laissez les sons plonger dans l'Océan divin ; Les mots, prose ou vers, le sondent en vain. III. 7
Que n'ai-je, au lieu de plume, une réelle lyre Je modulerais un vague délire.
A défaut d'harmonie, essaye, ô ma raison, Le silence ému dans l'humble gazon.
Couché la face en l'air, sous le céleste abîme,' De l'universel j'ai l'instinct sublime ;
Mais, vision sacrée, extatiques amours,
Je vous sens venir... Raison, au secours!
Vous, distiques ici saccadés par prudence, Des alexandrins rompez la cadence,
De peur que leur accord, lyrisme harmonieux, M'entraîne à chercher le secret des cieux.