MA CHAPELLE
.4 ma Mère.
Ma mère, en qui la foi vit par la charité.
Tourmentait de ses vœux mon incrédulité ;
Pour disputer l'impie à l'antique culture.
Elle allait m'opposant la Nouvelle Ecriture,
El la chère Monique épuisait son latin
Sans trouver dans son fils un moderne Augustin.
Je vous demeure entier, principe d'harmonie,
Éternelle raison que l'Africain renie.
Négateur de l'Église où la mysticité
Étaye avec l'absurde un culte sans clarté,
Où l'affreux arc-boutant donne aux murs des béquilles,
Où, comme un méchant vers, le doçme a des chevilles,
J'ai dressé mon esprit en asile païen;
Là, ton vrai Pan conserve un temple ionien,
Grèce ; ta ligne droite y suit la rectitude ;
Dès qu'un recueillement me pousse vers l'étude,
Je monte jusqu'au dieu par des degrés polis,
Et l'ordre universel est la Bible où je lis.
— Mais qu'à chercher son fils une mère est habile !
La mienne m'a rejoint dans l'idéal asile;
A défaut de saint Jean ouvert entre ses doigts,
Sa bouche me disait : « Agis comme tu dois ;
Aime autrui, que jamais par ta faute il ne souffre ;
Des abîmes du mal aide à combler le gouffre. »
J'ai beau me rebeller contre le Saint-Esprit,
Refuser l'auréole au souvenir du Christ ;
Ma mère a su bâtir, devant le temple antique,
Une chapelle. Ici, se corrompt l'art gothique,
Plus d'autel ! mais la nef s'élève dans mon cœur ;
La charité supplée aux offices du chœur,
Et, secret tribunal, bienveillant ou sévère,
Sa voix intérieure approuve ou vitupère.
Si je fus pitoyable envers un malheureux,
Il me vient des flatteurs sous le portail ombreux;
Alors, comme une ogive a les battements d'ailes
Et les gazouillements des bonnes hirondelles,
J'entends ma propre estime, écho de l'indigent,
LES FAMILIALES I | o.
Dans mon àme chanter : « Béni soit ton argent ! » Mais si mon geste écarte un pauvre qui demande, Sous le porche aussitôt quel blâme me gourmande ! Les hôtes de la nuit, chouettes et hiboux, Pour dénoncer le mal s'éveillent dans leurs trous; Et le remords, troublant ma conscience triste, Murmure : « Maudit soit l'argent de l'égoïste ! » — Je ressemble, ainsi fait, à ce Forum romain Où des temples divers bordent le grand chemin ; Seulement, au Forum la piété publique A fui les dieux païens pour la croix catholique, Tandis que le vieux Pan garde dans mon cerveau L'autel que ma raison enlève au Dieu nouveau.
1. J'indique dans les Mélanges par D. É. les Dernières Élégances de 1869.