POLICHINELLE
J'ai pour Polichinelle un fond de vieille haine ;
Ce méchant détraqué rend la gaîté malsaine,
Et Guignol fut un sot, l'ayant choisi bossu
Et le voulant brutal, de le montrer cossu.
Quel profit pour le goût de nos chers petits singes !
Quoi ! la difformité reçoit les plus beaux linges !
Et quel exemple, hélas ! l'habit pailleté d'or
Devant ces jeux jaloux enrichit un butor !
— Aux frais d'un pauvre chat, apprenez, jeunes drôles,
Qu'à jouer de la trique on gagne les grands rôles.
Logez dans vos esprits ces amusants forfaits;
Et puis, lorsque plus tard vous serez hommes faits,
Qu'un de ces mécréants comme en vomit l'histoire
Se jette sur les lois ; vous chanterez victoire.
l'empire 193
Citoyens préparés par un pantin cruel Aux sombres attentats d'un vivant criminel, Vous qu'égayé un gourdin, vous bénirez le sabre. — Pour moi, cpii près du mal récompensé me cabre, Il me souvient qu'un soir, conduit chez Séraphin, Enfant, je dus quitter la salle avant la fin. D'abord, j'avais trouvé stupides ces deux bosses Que les autres fêtaient avec des airs féroces ; Mais quand le breclouilleur battit son pâtiras, Mes voisins, transportés, poussaient de longs hourras, Et moi, les poings tendus, pris de subite rage, Ne pouvant l'étrangler, je lui lançai l'outrage. J'étais déjà ce franc qui hait le faux jureur Dont mes drôles d'alors ont fait un empereur.