‹ Poésies (volume 3)Chapitre 89 sur 124 · E M PI RE · texte numérisé non relu

E M PI RE

Qu'importe! invoquez-y les Glaces, et plantez. Il faut à La Villctte un jardin de délice Conçu pour les loisirs que le bon goût police; Aussi, rien qu'élégant, vous avez dû chercher D'ingénieux effets dans Watteau, dans Boucher; Même dans le Lorrain votre projet maraude, Ne dites pas que non : les arts vivent de fraude. A l'œuvre donc, et tôt! pensez quels commettants Veulent un impromptu, vieux soudain de cent ans. — Comme un paysagiste esquisse avec la craie, Ébauchez dans l'humus que tamise la claie, En triplant les longueurs des lieux accidentés, Par les adroits détours de vos subtilités. Du moment que les rocs volontiers déménagent, Que la source obéit, que les arbres voyagent, Ayez-les sous la main, et le gazon, les fleurs, Comme sur la palette un peintre a ses couleurs. — Et déjà promenés, les ombrages s'attroupent, L'eau se prête aux zigzags, les lourds rochers segroupent, L'herbe anglaise plaquée encadre les bassins. Eux, les bouquets fleuris composent leurs dessins; Que l'ensemble, habile homme, imite un cachemire, Afin qu'en ces détails le monde vous admire, Ce monde délicat d'amateurs bien couverts

Auxquels le plan teinlé destine ses bancs verts. — Alors, dans les jours bleus, le couple qui soupire, Le lecteur absorbé par le Dante ou Shakspeare, Le poète qui suit son ode ou son roman, Arriveront s'asseoir, n'est-ce pas? — Croyez-m'en, Gardez-vous, jardinier, d'y venir voir vous-même; Vous verriez sur vos bancs ronfler l'ivrogne blême, Sous vos rochers la gueuse attirer les rôdeurs, Le voyou dans votre herbe étaler ses laideurs, Etj sur les bords, qu'ornait de cygnes votre épure, Les chiens abandonnés laisser leur trace impure.

Si l'absurde empereur écoutait la pitié

Lui nommer les faubourgs qui vivent à moitié,

Un quinconce touffu lui suffirait pour plaire ;

Et, secourant en plus la gêne populaire,

Du haut de son besoin de se sentir aimé

Il consacrerait l'or du faste supprimé

A soigner les vieillards, à loger les familles,

A procurer l'école aux garçonnets, aux filles.

Puis, quand ses ennemis en passant leur chemin

Trouveraient assaini l'endroit jadis malsain,

Il leur échapperait d'avouer que ce drôle,

Pour La Villette au moins, a su remplir son rôle.

— Vous, artiste, veillez aux plaisirs des heureux. Retournez vers Boulogne à vos bosquets ombreux; Entretenez le frais, mouillez les routes sèches, Surtout le tour des lacs où roulent les calèches; Festonnez les chalets où les biches au Bois Sablent avec leurs beaux les flacons champenois ; Et puisque enfin Paris dans le luxe se vautre, Que Paris ait Alphand; Versaille eut bien Le Nôtre!

WALFERDIN

C'est un fin et hardi vieillard, Pour l'élégance un Fragonard, Un Diderot pour la pensée; Encyclopédiste charmant, Qu'il m'est utile en ce moment De raison partout offensée!

Aussi, j'adore aller chez lui Déblatérer contre aujourd'hui.

Nous trouvons tout laid et tout béte; Jugez si le César gâteux, Tète-de-Turc entre nous deux, Porte un laurier pour cette fête !

Avons-nous criblé le coquin Des épigrammes de nos rires,

L EMPIRE

Et des lazzi de nos satires Visé son trône à baldaquin !

— Cependant, autour de la chambre Où nous raillons le Deux Décembre, Fragonard, l'ami de ces lieux, Suspend des images galantes

Dont la fraîcheur 'distrait nos yeux.

— Tels on aime au Jardin des Plantes, Tout en bernant un singe roux, Sentir les parfums de la serre

Se prodiguer dans l'atmosphère Contre l'odeur des sapajous.

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