FLEURS
Le docte horticulteur gravement me conduit
Avec des mois pompeux devant chaque produit;
Il me vante en pathos ses roses panachées,
Ses hortensias bruns à corolles tachées :
« Jeune homme, contemplez cet œillet nonpareil,
Ces fuchsias aussi, les seuls sous le soleil! »
J'admire; et le savant, qui redoute une fraude,
D'un regard soupçonneux couve sa serre chaude.
Que deviendront ses fleurs? Il attend les beaux jours
Où les échantillons trônent dans un concours :
Là, messieurs les jurés priment sa rose altière;
A son œillet le roi donne une tabatière;
On réserve un ruban pour ses hortensias;
Et comme en bleu céleste il teint les fuchsias,
Ce bleu le fait nommer membre d'académie.
— A sa place, mon Dieu, que de fleurs pour ma mie !