A UNE DANSEUSE
A toi les vers, l'encens, les couronnes, les palmes, Danseuse, dont la grâce aux traits chastes et calmes
Rehausse nos ballets.
Déesse d'opéra, chez le Grec idolâtre Ta légende eût reçu le Pinde pour théâtre,
Un temple pour palais.
Laisse-nous supposer qu'une nuit Terpsichoie Vint séduire à Paris un autre fleuve encore,
Mit la Seine en émoi ; Qu'à ce nouveau Strymon s'abandonna la Danse, Et que, voulant léguer son culte à notre France,
Elle accoucha de toi.
Revêts cet idéal, nymphe parisienne; Évoque sous tes pieds de vierge olympienne
Le soi de l'Hélicon.
Plus haut que ta psyché, quand ton rôle se mire. Consulte pour tes pas la muse qui t'admire
D'un céleste balcon.
Le soir, quand tu parais, Piéride sous la gaze, Le statuaire apprend qu'il faut bannir l'emphase,
Le peintre s'ennoblit; Le poète, gêné par son ardeur contrainte, Comme un riche Latin se formait dans Corinthe,
Observe et s'assouplit.
S'il faut, mortelle ensuite, habiter notre terre, Femme sous le satin, règne alors comme hétère,
Car il te reste Eros; Mais, Laïs épurée, abeille sans piqûre, N'offre ton miel extrait du jardin d'Épicure
Qu'aux lèvres d'un héros.
Avare d'attirer vers tes faveurs suprêmes, Oui, n'admets qu'ungrandcceur,digneentoutqueturaimes. Vienne, après, l'heureux iour!
Dans le ciel de ta couche, à l'heure où tu succombes, Le vainqueur aperçoit Vénus et ses colombes Planant sur ton amour.
Reste donc aux Français : reste une attique idole Devant les égarés de leur art, ce frivole
Que grise un vain encens; Et de la volupté garde-leur les arcanes Contre le vil succès des basses courtisanes
Qui corrompent les sens.
Lui, le dernier chanteur qu'anime encor la Grèce, S'ingénie à remplir les échos de Lutèce
Des douceurs de sa voix, Pour vanter tes retours au passé de la danse, Pour fêter les plaisirs de ton indépendance, Nymphe altière en tes choix!