CAVALCADE
A Thérèse.
Thérèse, ah! qu'aussitôt m'arrive un noir poulain Arabe, à chevaucher en culotte de daim ; Et je t'offre sur l'heure une pouliche jaune Andalouse, à monter en robe d'amazone.
Le fin genre est d'avoir, derrière, un petit groom : Ayons donc un trotteur pour notre jockey Tom. — Mais d'abord apprenons à nous tenir en selle : Veux-tu gagner l'aplomb de Jeanne la Pucelle? Viens t'essayer, ma mie, un peu sur mes genoux; Prends le galop de chasse, et hop ! appliquons-nous.
« Eh ! répond Thérèse,
Mon pauvre amoureux,
Nous allons à deux
Tomber d'une chaise ! »
Thérèse, ah ! j'étais né pour dépasser les lords Avec quatre chevaux devant mon huit-ressorts. Déjà les entends-tu piaffer sous la fenêtre Nos pur-sang, et d'orgueil hennir après leur maître? Gantons-nous et partons. Mon gros cocher Dubois Par les grands boulevards va nous mener au Bois : Surtout, que ce malin fasse un joli tapage Afin que les flâneurs lorgnent notre équipage. Quel brouhaha, ma chère, au café Tortoni! On dira : « C'est Schickler et la Tagiioni. a
« Moins fort ! dit Thérèse,
Tu t'agites trop;
Quittons le galop,
Trottons à l'anglaise. »
Thérèse, ah! donnons-nous un coupé de Binder Attelé de poneys courant un train d'enfer. Doit-on pas le matin rapporter ses emplettes : Toi, madame, les nœuds, les châles, les voilettes; Lui, monsieur si galant, les bijoux, les bouquets, Les parfums, les bonbons? Vois, combien de paquets ! — J'oubliais un landau pour nous rendre en soirée... Eh ! que ne parlons-nous avant de ta livrée! Veux-tu frac chocolat à revers cramoisis,
Gilet saumon avec culotte azui ? choisis. « Permets, dit Thérèse, Pouirais-tu parler Sans cabrioler ?
J'en serais fort aise. »
Thérèse, ah! que Plutusnous traite en bons voisins, Tu verras que les rois ne sont pas mes cousins. Mais si le Ciel un jour, blesse de notre joie, Tonne contre mon luxe et d'un coup le foudroie : Carrosses et chevaux, malgré deux cents pompiers, Tout brûle ; notre hôtel croule en flamme à tes pieds. Adieu folle opulence, incroyable richesse ! Je saisis dans mes bras mon vrai bien, ma maîtresse; Et, fuyant le brasier, je crîrai : '< M'aimes-tu? » Réponds oui, ma superbe, et, va, rien n'est perdu !
<.< Bravo ! dit Thérèse,
Prends-moi dans tes bras;
Mais sortons au pas
De cette fournaise. »