‹ PoésiesChapitre 72 sur 101 · VISITE A UNE DAME COQUETTE · texte numérisé non relu

VISITE A UNE DAME COQUETTE

Chère âme, permettez qu'on s'annonce d'abord : Je vous présente un cœur débordant d'assurance, L'objet, depuis un mois, de votre préférence; Et j'entre en favori : répondez si j'ai tort.

On vous voit désoler les jolis capitaines, Les pimpants magistrats, les coquets attachés, Marquis, comtes, barons, galants très recherchés; Lui seul, l'humble rimeur, peut baiser vos mitaines.

Vous goûtez mes soupirs et surtout mes aveux ; Votre tiroir secret conserve mes messages; Mes brins de réséda fréquentent vos corsages ; Aussi mon portefeuille a-t-il de vos cheveux.

IOO RIMES GALANTES

Ce matin, quel surcroît dans le désir de plaire ! Ces regards engageants, ces gestes alanguis, Ces mots vagues exprès inachevés, et puis Vous n'attendiez que moi ; l'invite est assez claire.

J'allais vous embrasser... adorable candeur! — « Ah ! monsieur ! » Tout à coup, quelle honnête panique ! Madame entend brûler d'un amour platonique. Epurons, épurons cette profane ardeur.

Las! comment, s'il vous plaît, refroidir ma tendresse? Eteindrez-vous ma flamme, ou bien crîrai-je au feu? Non; plutôt, n'est-ce pas? sans bruit rôtir un peu, A perpétuité, chez ma chaste maîtresse.

Quand votre chien anglais aboie et fait ses bonds, Vous lui cassez le sucre avec des mots de mère; Quand je protesterais, vous me diriez: « Mon frère ! » Avec des yeux tout pleins d'agréments pudibonds.

Oh! que vous savez juste où conduisent vos ruses! L'innocent porte-lyre attendri... jusqu'aux vers, Finirait par chanter vos lauriers et ses fers; Et vous iriez, ma sœur, trôner parmi les Muses.

Je comprends : comme à Laure, il vousfaut des sonnets ; Pour gagner mes chansons vous flattez mon plumage ; Mais je sens les gluaux, je devine une cage : Adressez-vous, ma chère, à d'autres sansonnets ;

Sirène, sous le flot cachez mieux vos écailles! Friande de concerts qui nagez dans mes eaux, De vos filets traînants j'aperçois les réseaux; Plongeur plus avisé que vous, je romps les mailles.

Soyons amants, madame, ou je deviens moqueur!

Le marché vous offusque ? Eh bien, petite fée

A la mode chinoise effrontément coiffée,

Vous n'aurez pas mes vers, vous n'avez plus mon cœur.

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