‹ PoésiesChapitre 97 sur 101 · LE SANCTUAIRE · texte numérisé non relu

LE SANCTUAIRE

Vous avez un grand feu, des portes rembourrées, Un tapis d'Aubusson, vos pantoufles fourrées; Poète intermittent, les outils de votre art Sur la table commode entourent le buvard : Deux pigeons argentés vous tendent l'écritoire; Les papiers sentent bon, et la plume est d'ivoire. Que vous faut-il encor pour rimer de l'esprit? Dicter? Faites! mon cher; votre maîtresse écrit : Car on doit supposer à galant qui chansonne Sa compagne obligée, une aimable personne Qui, le jour, secrétaire en folâtre bonnet, Assiste de ses doigts l'homme de cabinet, Et la nuit, dans l'alcôve où la glace reflète. Applique les leçons de son jeune poète. Or, il fait jour, madame a pris place au bureau : « J'attends, dit-elle; allons, chante, mon bel oiseau. Fort bien; mais qu'inventer sur un divan de soie?

Irez-vous batailler sous les remparts de Troie, Fonder Rome, ou rôder dans le dantesque Enfer? Non; restez dans Paris, et, frileux pour l'hiver, Nouveau Tityre, assis à la flamme du hêtre, Célébrez le bonheur dont un dieu vous rend maître. Tenez, octroyez-vous l'agrément fugitif De conter vos succès. Muse, le beau motif!

— Sur ce, le souvenir déserte le ménage Et dicte à votre scribe une intrigue volage. Alors madame boude. On s'explique ; elle rit Au péché de l'an mil, et le conte s'écrit.

Voilà pourquoi l'auteur, en terminant son livre, Confesse que chanter lui plaît autant que vivre. Ses loisirs de l'hiver, sans parler du printemps, Des deux meilleurs amours ont eu le passe-temps : Posséder muse accorte et maîtresse facile, N'est-ce pas là goûter le ciel à domicile?

— Mais le soleil décline, ô Muse, assez rimer! — Maîtresse, embrassons-nous, l'heure sonne d'aimer.

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